La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

Où est Pandorak ?

A 20km au nord de Manhattan, sur l'Hudson.

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Prochainement :

Pando va passer tout l'hiver à Haverstraw, au nord de NYC.

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Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /2009 10:20

Last run of the year : Portsmouth - New York City, 300 NM

Depuis les Bahamas, la barre est tellement dure que le pilote auto est inutilisable. J'ai dû barrer tout l’Intracoastal des deux mains (2000 nm), sans une minute de répit. La force à exercer est telle que ma nouvelle barre franche des Canaries, en iroko, s’est brisée.

 

A Portsmouth, l'arrivée de mon père m'encourage à traiter le problème une bonne fois pour toute : dépose des safrans, de la barre de mèche centrale, changement des rotules, des 3 clavettes, compensation du jeu des bras dans les mèches, polissage et graissages en tous genres…


2 sorties de l’eau et 2 semaines de travail plus tard... 


si la facture est salée, la barre n’a jamais été aussi douce!



Mon père au chevet du safran... plus heureux sur un chantier qu'en mer ?


Noah et Ellen partent avant, mon père et moi filerons seuls sur NYC


Réveil à 5h30. Nous quittons le port de Hampton avant l'aube, et mettons le cap sur Cape Charles, à l’embouchure de la baie de Chesapeake.

 

Premier contact avec l'océan depuis Miami. Nous avons choisi de couper au plus court et de filer par la mer. New York nous appelle. Après 4 mois sous génois seul, la grande voile est de nouveau hissée. Le vent est hésitant, la légère houle devrait nous rappeler que les règles du jeu ont changé... Je laisse mon père à la barre et descends me coucher. Sur les conseils d'un plaisancier local, nous restons à 2 miles des côtes.

 

Je dors depuis un moment dans le carré quand une vague vient s'abattre comme une gifle, elle balaye littéralement le pont et s'écrase violemment dans le cockpit. Je saute sur le pont, l'esprit embué. L'horizon est blanc, le bateau cerné d'écume. Incrédulité. Coup d'oeil au sondeur : 1,40m. Panique. 1,40m d'eau à 8km des côtes... Un haut-fond. On va se faire drosser.

 

La carte! Les sondes des 10 premiers miles ne figurent pas. Mon père, à la barre, hurle les coordonnées GPS. Faire le point. C'est où la sortie!? Un autre cap, vite. A l'est, ça semble pire. Faire demi-tour. Le sondeur descend à 1,20m : vision de cauchemar. La mer est courte, hachée. Pando tombe lourdement dans chaque creux. Est-ce qu'on touche? Le moteur est à fond. Fuir, fuir ce trou à rat.

Quand, dix horribles minutes plus tard, le sondeur se décide à remonter, l'écume n'est plus que sur nos visages. Sentiment de revenir de loin.


Petit rappel océanique, façon... grande claque dans la gueule.
Quitter le "mode fluvial", et vite! Se "reconnecter". Scruter le ciel et déchiffrer l'horizon.

nautilus

"Le danger en mer, c'est la terre..." La pire situation vécue sur Pando.

Plus tard, nous apprendrons que nous avons traversé un haut-fond (shoal) parfaitement cartographié, baptisé Nautilus... Nous maudissons le marin d'eau douce qui nous a conseillé de rester près des côtes et mettons cap plein large.

La pression redescend, à l'inverse de mon envie de gerber : typique. 3g de vitamine C et un antihistaminique plus tard, le problème est réglé. Côté vent c'est moins simple, le SE annoncé n'est pas du tout au rendez-vous. La brise Perkins est la bienvenue pour appuyer les voiles. Je n'ai pas fait le plein avant de partir, confiant dans la NASA qui nous promettait une traversée rapide. A ce rythme, il va falloir relâcher à Ocean City, THE station balnéaire du Maryland, en profiter pour acheter une vraie carte d'approche et attendre que le vent tourne.


norfolk-copie-copie-2.jpg


La nuit tombe, nous filons doucement. Nouilles chinoises. Mark Knopfler dans le cockpit. Demi-lune. Je fais le premier quart, jusqu'à 02h00. C'est peut-être ma dernière nuit en mer de l'année : la savourer.

 

***

 

Quand mon père me réveille, l'aube pointe. Nous ne sommes plus très loin d'Ocean City. Sans carte d'approche. Le stress revient. Peur des hauts-fonds. Aucun bateau dans le coin pour nous dire si la voie est libre. Je décroche la VHF et appelle les Coast Gard, sur le 16 :

- Good morning, sir. This is Pandorak, a french sailing boat. We want to enter Ocean City. Our position is 6 miles east of the red buoy R"4". We don't have the right chart. Could you tell us if there is any shoal on our way to the inlet?

 

- Sorry captain, but I can't give you this information .

J'ai pas dû être clair... je recommence :

- Sir, we don't know the depths. We've just lost our chart (bon là j'invente). We just need this information. We've got a draft of 3 feet (ma voix se fait douce, presque suppliante) Thank you very much for helping us...

 

- Sorry Captain, I am not allowed to give you this information.

Pour le coup, je suis scotché. Dois-je me mettre à genoux? Je suis en mer. Le type a le cul sur sa chaise, il connaît le coin et sait où on est. Il n'a qu'un mot à dire : SHOAL OU PAS.

Il ne le dira pas. Je retente. Peine perdue. C'est le coup de grâce. Et LE DEVOIR D'ASSISTANCE EN MER BORDEL?? L'ARTICLE 67-545 DU CODE PENAL??

 

Surtout, ne pas les haïr.

Tous ces connards en uniforme. Tous ces pauvres types inutiles, dans leur bureau climatisé, le colt en évidence. Et toutes leurs règles à la con... l'Amérique déborde de règles à la con. Ce pauvre type doit sans doute respecter une de ces règles... une règle inconnue des gens de mer, qui ont su en imposer une autre, au fil des siècles : la solidarité.

 

A QUOI SERT UN COAST GUARD US?

A garder la côte. Pas à dépanner un petit voilier jaune. N'oublions pas que l'USCG est la "première ligne de défense du pays". oulaa, ça rigole pas... une attaque des USA par la mer, évidemment...

Je suis pas prêt d'oublier la leçon. Les Coast Guards ne sont pas les gars du CROSS. Les sauveteurs US ne sont pas les bénévoles de la SNSM. Sans doute faudrait-il lâcher un paquet de dollars à un remorqueur pour obtenir ce genre d'informations?

 

Bon, y avait pas de shoals du tout. On y est allé tout doux, les yeux rivés sur le sondeur, et on est rentré sans problème. Que risquait-il à nous le dire?

 

***

 

Bon, là faut vraiment cliquer sur "play"... 


Skyline en vue...


Les premières lumières de New York... mais la ville est encore loin
 

Nous qui espérions arriver avant la nuit...

Nous progressons pourtant au bon plein dans l'immense baie intérieur de NYC mais l'Hudson, très puissant, nous refoule... comme pour nous forcer à attendre encore un peu...

Et puis la nuit tombe. Progressivement, les lumières grossissent.
Le spectacle peut commencer...


Verrazano Bridge en vue, reliant Brooklyn (droite) à Staten Island (gauche),
longtemps le plus long pont suspendu du monde


Il a été baptisé en l'honneur de l'explorateur italien Giovanni da Verrazano, le premier Européen à avoir franchi les Narrows et à avoir posé le pied sur l'actuelle New York, le 17 avril 1524. Il cherchait un accès vers le Pacifique...
 

Vertical clearance
: 210 mètres. Pas de problème de tirant d'air pour Pando...
 

Là! Sur babord...
 

...The Lady! 


Cap iréel sur Manhattan


Nous remontons Manhattan côté Hudson


Réveil magique face à la 88ème... on capte déjà l'énergie de la ville



A partir de maintenant, il va falloir lever la tête...


D'Amsterdam à New Amsterdam !
9000 NM, soit 16.668 km parcourus.



Retrouvailles avec ma cousine Stef, installée à Manhattan, qui nous sert de guide


Time Square


Petite marina derrière le World Financial Center...
6 $/pied par jour, soit 180 $ pour Pando... on préfère le mouillage (gratuit) sur l'Hudson !


Parc sur Manhattan


Hall principal de Grand Central...
sans doute la gare la plus filmée au monde.


La ville des torticolis


Sortie de Grand Central avec le Chrysler Building au fond


Ground Zero :
Il faut s'imaginer les tours jumelles,
deux fois plus grandes que les building voisins


L'avenir du site : deux trous aux emplacements des tours, alimentés en eau.
Les noms des 3000 victimes sont inscrits sur les bords.


One World Trade Center : la hauteur totale sera de 1776 pieds (année de l'indépendance). La flèche de 86 mètres, la plus haute du monde, rappelle le flambeau de la statue de la Liberté.

Fin des travaux prévue en 2013. Il s'agira alors de la plus haute tour des États-Unis.

 


Dessins d'enfants sur 09/11




Washington Bridge : remontée de l'Hudson : temps d'hiverner Pando !


Nettoyage des écoutes, déssalage des voiles, hivernage des moteurs...


En un mot : tout vider, nettoyer, graisser, protéger...
les hivers new-yorkais sont rudes


Rideau pour cette année!
2009 aura été un très grand cru. Merci Pando...

Par fabrice
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 21:31

- You wanna leave tomorrow ?... but Danny arrives !



Le patron du port de Morhead City tient absolument à nous montrer les images du petit Danny…


... première dépression tropicale de la saison et son cortège de rafales à 50 nœuds, qui s’approche jusqu’à caresser le Cap Hatteras, la pointe orientale de la Caroline du Nord.

 

Nous savions déjà que nous étions sérieusement en retard sur la saison mais cette annonce nous boost : cap au nord, et vite !

 

Au Nord de Morehead City, justement, commence cette étrange excroissance du littoral américain, réunissant les baies de Pamlico (le plus grand lagon de la côte Est des États-Unis) et d’Albermarle, séparés de l’Atlantique par un fin cordon sablonneux : les Outer Banks.



Une protection naturelle bienvenue, car de l'autre côté de ce cordon, la façade atlantique de North Carolina porte le gentil sobriquet de Graveyard of the Atlantic (le cimetière de l’Atlantique). Inutile de préciser qu’on reste bien à l’intérieur…

 


Mais « l’intérieur » justement, est tout sauf lacustre : à cause de sa faible profondeur, l’Albermarle Sound peut être assez choppy, par vent d’est, tendance amplifiée par les mascarets des rivières qui s'y déversent. Nous le traversons à la vitesse misérable de 2 nœuds, dans un mauvais clapot.

 

Alligator River : rencontre du 3ème type avec un cerf nageant
à plus d’un mille des côtes et par 6 mètres de fond…?

 




Belle semaine farniente/trads à Dowry Creek chez Brent, Michele et Mary


De l'autre côté de l’Albermarle Sound commence le canal de Dismal Swamp (littéralement : le "Marais Lugubre"), oeuvre de 35km de long conçue par le président George Washington lui-même, qui marque la frontière entre les états de Virginie et de Caroline du Nord.

 


C'est le plus vieux canal artificiel encore utilisé aux États-Unis (1805). Par son étroitesse et ses arbres qui font comme un tunnel de verdure, c’est un peu le Canal du Midi version US.


Première écluse ! Le bief sépare la Caroline du Nord de la Virginie. La dernière remontait aux Portes de Fer, entre Serbie et Roumanie, il y a déjà 5 ans...

Nous pénétrons en virginie, notre 5ème état

Le cockpit rétrécit de jours en jours

De l'eau couleur Coca-Cola : normal, on est aux States

Au bout du canal, la ville de Norfolk, porte d'entrée du plus grand estuaire des États-Unis : la baie de Chesapeake.

Norfolk est aussi la plus grande base aéronavale au monde :
nous sommes cernés par les porte-avions nucléaires


A Norfolk, Noah retrouve son grand-père. Il nous avait quitté à Fort Lauderdale (Floride). 3 mois plus tard, il est de retour à bord de Pando pour nous aider dans la dernière étape.


 

La baie de Chesapeake englobe trois états différents (Delaware, Maryland et Virginie, d'où le nom de la péninsule : Delmarva) ainsi que le District de Columbia (via le Potomac).

 

Le 14 mai 1607, trois navires anglais, Susan Constant, Discovery et Godspeed (un nom bien arrogant : il n'allait pas plus vite que Pando...), partis de londres 5 mois plus tôt, atteignent l’embouchure de la rivière James, à l’entrée de la baie de Chesapeake. Le capitaine a 27 ans. Il se nomme John Smith.



Avec ses 104 hommes, il débarque sur une île de la rive gauche de la James River et établit un campement.

Vue de l'embouchure de la James River


  Un village d'irréductibles petits... anglais 


Jamestown est le plus ancien établissement de colonisation anglais permanent des États-Unis actuels.

Les colons doivent affronter un hiver rigoureux et les attaques incessantes des indiens Algonquins. 

 

En décembre, John Smith est capturé par les tribus locales qui le condamnent à mort. Il est sauvé de justesse par la fille du chef Powhatan, une certaine... Pocahontas.

 

Le 20 août 1620, un navire hollandais débarque les 20 premiers esclaves africains. Originaires du golf de Guinée, ils travailleront dans les plantations. Le commerce triangulaire peut commencer...

 

Alors tout ça à cause de son grand-père...


Des gens raffinés ces indiens Powhatans... intérieur très confortable.
Eclairage zénithal modulable. Une armature souple mais très solide.

 

La pirogue monoxyle indienne : on brule lentement un tronc,

avant de creuser la partie consummée avec des coquillages...

 

laborieux (2 semaines pour évider le tronc) mais indestructible!

 

La même année, les Pilgrims Fathers, des dissidents religieux puritains, débarquent du Mayflower et fondent la colonie de Plymouth. Les Anglais formant le groupe ethnique majoritaire parmi les premiers colons venus s'installer, l'anglais devient la langue qui s'impose naturellement. Pourtant, en comparaison avec la Nouvelle-France et la Nouvelle-Espagne, la Nouvelle-Angleterre occupait un espace beaucoup plus restreint du Nouveau Monde...

 


"Ainsi, le colon se construisait une identité qui ne pouvait être qu'anglaise. S'il lui arrivait d'ajouter des mots indiens dans son vocabulaire (toboggan, mocassin, squaw, etc.), des mots français (prairie, bureau, etc.) ou des mots néerlandais (boss, yankee, etc.), s'il se vantait de moderniser l'anglais, il admettait en même temps qu'il valait mieux ne pas employer des américanismes perçus encore comme une «exagération». De cette façon, le colon ne serait pas un «sauvage» et saurait repousser l'influence de l'Espagne et de la France."


Pour résumer : ils se pointent un siècle après les Espagnols, ils s'emparent de la Nouvelle-Hollande (Connecticut, New Jersey, Delaware, New York), ils déboutent les Français... et 400 ans plus tard, le jackpot : la planète parle anglais.


Et tout ça à cause d'un jeune couillon de 27 ans, parti fonder la Virginie.

 

Par fabrice
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /2009 15:42


C’est le pays où les gens s’abordent systématiquement dans la rue, sur l’eau, partout. Le pays des « Where ya from, man ? », des « what’s up dude ? », des “Have a good one”, “Hi there”, “take care”, ou même, après une belle rencontre : “you’ll be in my prayers”.


Pêche dominicale sur les rives


Hockenberg Bridge… Un ponton bringuebalant juste avant le pont, une atmosphère glauque de zone industrielle : notre escale pour la nuit. On aborde des pêcheurs.


-          What are you fishing?

-          We are shrimpers. Do you want some shrimps?

A peine le temps de bafouiller des remerciements, ses grosses mains fouillent déjà dans la glacière.

-          Do you have a bag ?

-          Euh… no

-          Jim! Bring a bag.

  

Un sac de 3 kilos de crevettes jumbo atterrit dans nos mains. « Have a safe trip ! »
Straight to the point. Généreuse : l’Amérique qu’on aime. Je soupèse le sac… on va jamais réussir à manger tout ça. Il faut qu’on en refile un peu.


Ellen aborde un homme qui pêche à quelques mètres de Pando. La première réaction des américains quand ils apprennent d’où nous venons est toujours la même : ils pointent la petite coque jaune du doigt, moue incrédule, en s’écriant : « …on THIS?? » (sans même prononcer le mot « boat », comble de l’impolitesse)


Roger tient absolument à avoir un autographe, persuadé qu’il nous retrouvera dans quelques jours à la télévision. Je lui propose alors de partager mes crevettes avec lui. Il part vers sa voiture et revient avec un tee-shirt rouge flambant neuf : « c’est le tee-shirt de mon entreprise, me dit-il, c’est pour toi ».

 


Thank you Roger !

  

Charleston (1670), The Holy City : de loin la plus agréable ville américaine depuis Miami. Les maisons ne peuvent pas dépasser la hauteur des églises... Ambiance provinciale. C'était la première ville américaine à accueillir les huguenots français. La french touch est bien visible. Une autre Amérique.

 


 



Ici, ce ne sont plus les alligators qui freinent les envie de faire trempette mais les raies pastenague (stingray), à la piqure souvent mortelle, que l’on voit jaillir en vol plané au-dessus de l’eau, ailes ouvertes façon batman.

 

Au grés des rivières, l'eau passe du chocolat au bleu


La politique commence à s’inviter dans le voyage...


Certains américains ont manifestement le besoin impérieux, face à des étrangers, de déverser leur fiel sur leur nouveau président. D’ailleurs, depuis Miami, nous n’entendons le nom d’Obama que de la bouche de ses adversaires. Des adversaires particulièrement virulents. Le nouveau président semble être le vrai responsable de la crise économique que traverse le pays. Alors son projet d’assurance-maladie obligatoire pour tous (1000 milliards $ sur 10 ans) fait hurler…

 

Vouloir permettre à 47 millions de citoyens de bénéficier d’une assurance-maladie semble une idée absolument abracadabrante pour beaucoup d’américains. « L’expérimentation marxiste » d’Obama ne passe pas. Même si le taux de mortalité infantile du pays le plus riche au monde est l’un des plus élevés des pays développés (derrière la Jordanie…) et sa longévité à la 42ème place mondiale…

 

L’argument des opposants est très simple : pourquoi devraient-ils payer pour les américains qui ont fait « le mauvais choix » ? (ce qui ne « veulent pas » payer les 5000 USD par an -minimum- d’assurance santé).


Ce trait profondément américain nous avait déjà frappé sur le thème des retraites : travailler jusqu’à sa mort semble être une idée normalisée, une évidence. Je n’arrivais pas à me faire comprendre d’eux quand j’évoquais tous ces grands-pères qui remplissaient nos sacs dans les supermarchés. « Tant mieux pour eux, ils ont un job ! »


Georgetown, SC

 

Je me dis parfois que c’est peut-être ainsi que les américains sont devenus la première puissance au monde. En pensant comme ça. Après tout, la santé est un business comme un autre. Bon, peut-être un peu plus juteux que d’autres…

 

Pour Jimmy, originaire de Pennsylvanie, l’ancienne solidarité américaine ne se retrouve que chez les Amishs. Selon lui, si la maison d’un Amish venait à être détruite par un incendie, le lendemain, tout le village retrousserait ses manches pour reconstruire la maison sur le champ… 

 

A Georgetown, j’écrivais dans mon journal de bord :

 

« Et pourtant, comble du paradoxe, j’ai le sentiment très net que les américains, dans leur grande majorité, ne demandent qu’à aider. Si demain Pando venait s’échouer dans une rivière à sec, j’ai du mal à croire que nous ne serions pas dépannés par le premier bateau. »


Trois jours plus tard, bingo! Cette fois-ci, Pando refuse de bouger, nous sommes scotchés.


















...une amarre lançée au premier bateau qui passe... et un grand merci !






***


L’Amérique que nous traversons, une Amérique fluviale essentiellement rurale, semble avoir farouchement résisté à l’Obamania. Le plus gentil pêcheur ne ratera pas une occasion de le rendre responsable d’une mauvaise prise…

 

Parfois, les conversations anodines dérapent sur le terrain politique de la manière la plus cocasse, comme à Myrtle Beach, où nous glanons des informations pour la suite de notre navigation auprès du patron de la marina :

 

-What about “the Piles Rocks”? We’ve been told that this section of the ICW is very narrow and dangerous, is it true ?

-Well, it’s overrated. You just have to stay exactly in the middle of the river and you’ll avoid all the rocks.

-And what if another boat comes in the opposite direction?

-You’ll be fine. As long as you don’t encounter a tug with a barge, which you won’t as long as we’ll have president Obama here.

 

Petite traduction pour ceux qui n’ont pas compris cette apparition pour le moins saugrenue du président américain dans la conversation (on les comprend !) : nous ne risquons pas de croiser un remorqueur tirant une péniche, car il n’y a plus de travail aux US, car Obama est aux commandes du pays ! Logique toute républicaine!

 

Lorsque je le lance sur le sujet de l’assurance santé, il enfonce encore le clou :

 

We don’t want to become a socialist country. We don’t want to be like the Frenchs, the Canadians, the Britishs… We don’t want to be like them, we don’t want to visit them, we want to stay the way we are!

 

A bon entendeur!

 

Carolina Beach

La "pêche" aux orins dans l'hélice continue...

 

Par fabrice
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /2009 20:59

Carolina Beach. Nous attendons un taxi. Je feuillette machinalement mon passeport, orné d’un beau visa US. Puis le passeport d’Ellen. Et là, surprise : même visa (B2) autorisant un séjour de 6 mois… mais une autorisation de 6 mois pour ma pomme et de seulement 3 mois pour Ellen et Noah !

 

Petit moment de flottement… dans 1 semaine, les visas d’Ellen et de Noah arrivent à échéance. Une mauvaise blague ? La Hollande, comme la France, fait partie des pays du « Visa Waiver Program », dont les ressortissants sont exemptés de visa pour les séjours de 3 mois… raison pour laquelle nous avons demandé un visa de 6 mois.


Faute d’inattention du douanier ?
Pourtant, je revois encore très bien le zèle schizophrène du flic des frontières… qui m’a immédiatement classé dans la catégorie « dangereux arabe en règle à contrôler pendant 2 heures ».

 

On se calme. Quel risque court-on réellement avec un visa expiré aux US…? Aucune idée. Mais notre fraiche expérience du pays est sans équivoque : on joue forcément gros. Nous ne sommes pas en Europe. Nos droits de « citoyen-touriste » ne valent pas grand choses ici.

 

Une brève recherche sur le net vient cruellement confirmer ce sentiment.

 

L’article en néerlandais est disponible ici (Radio Nederland Wereldomroep).

C’est l’histoire de Mirjam et Wesley, un jeune couple hollandais de notre âge, partis en 2007 pour un tour du monde. Accrochez-vous.

***

 

Wesley tombe malade aux USA. Lorsque le couple se présente à la frontière mexicaine, leur visa a expiré depuis 10 jours. « Quel risque courrons-nous? » se demandent-ils. Ils souhaitent de toute façon quitter le pays…

 

Ils sont conduits dans une prison du Nouveau Mexique. Wesley passe les 4 premières semaines dans une cellule d’isolement de 2 x 3 m. Un lit, un matelas, des draps et un WC. Les menottes ne sont ôtées que pour les repas, glissés par une trappe. Mirjam, elle, partage une salle avec 80 autres femmes, dont des criminelles. Elle reçoit peu à manger. Elle ne voit pas la lumière du jour. Les rixes entre détenues sont quotidiens. Interdiction de sortir de cette salle. Pendant 2 mois.

 

You are not allowed to make a phone call.

 

Mirjam et Wesley n’ont pas reçu d’avocat. N’ont pas été autorisés à téléphoner à leur famille. Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines qu’une personne de l’ambassade néerlandaise a pu les contacter (pour leur dire qu’elle ne pouvait rien faire pour eux). Après 6 semaines, Wesley peut quitter sa cellule. Il est renvoyé par avion en Hollande. Mirjam reste encore deux semaines en prison.

 

Cette histoire n’est pas un cas isolé. Wesley parle d’un italien, croupissant depuis 5 mois dans la même prison, devenu à moitié fou, à cause d’un visa périmé.     

 

 


Cette histoire récente (2007) aurait pu être la nôtre.

Elle fait partie des choses à savoir avant de poser le pied aux USA.

 

Elle est conforme à ce que j’ai ressenti dès le premier jour, à l’aéroport de Miami. You are not allowed to make a phone call. Lorsque même la vision de Noah dans les bras d’Ellen ne changeait rien à notre situation. Et pour finir, on t’expulse comme un chien, sans un mot d’explication.

 

Ellen a du mal à avaler cette simple réalité : l’Amérique n’est pas l’Europe. Les règles du jeu sont différentes. Peut-être faudrait-il un jour faire subir le même sort à quelques touristes américains pour que les choses changent ? Même en Chine ou en Thaïlande, il m’avait suffit de payer une taxe modique pour les quelques jours de retard sur les dates d’échéances de mes visas.

 

 


PS : il n’a heureusement pas été nécessaire de fuir par la mer vers le Canada, on a pu régler l’incident 3 jours avant la date fatidique…

Par fabrice
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