La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

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Where is Pandorak ?

In Chipman Point (Vermont, USA), on Lake Champain.

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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 21:31

- You wanna leave tomorrow ?... but Danny arrives !



Le patron du port de Morhead City tient absolument à nous montrer les images du petit Danny…


... première dépression tropicale de la saison et son cortège de rafales à 50 nœuds, qui s’approche jusqu’à caresser le Cap Hatteras, la pointe orientale de la Caroline du Nord.

 

Nous savions déjà que nous étions sérieusement en retard sur la saison mais cette annonce nous boost : cap au nord, et vite !

 

Au Nord de Morehead City, justement, commence cette étrange excroissance du littoral américain, réunissant les baies de Pamlico (le plus grand lagon de la côte Est des États-Unis) et d’Albermarle, séparés de l’Atlantique par un fin cordon sablonneux : les Outer Banks.



Une protection naturelle bienvenue, car de l'autre côté de ce cordon, la façade atlantique de North Carolina porte le gentil sobriquet de Graveyard of the Atlantic (le cimetière de l’Atlantique). Inutile de préciser qu’on reste bien à l’intérieur…

 


Mais « l’intérieur » justement, est tout sauf lacustre : à cause de sa faible profondeur, l’Albermarle Sound peut être assez choppy, par vent d’est, tendance amplifiée par les mascarets des rivières qui s'y déversent. Nous le traversons à la vitesse misérable de 2 nœuds, dans un mauvais clapot.

 

Alligator River : rencontre du 3ème type avec un cerf nageant
à plus d’un mille des côtes et par 6 mètres de fond…?

 




Belle semaine farniente/trads à Dowry Creek chez Brent, Michele et Mary


De l'autre côté de l’Albermarle Sound commence le canal de Dismal Swamp (littéralement : le "Marais Lugubre"), oeuvre de 35km de long conçue par le président George Washington lui-même, qui marque la frontière entre les états de Virginie et de Caroline du Nord.

 


C'est le plus vieux canal artificiel encore utilisé aux États-Unis (1805). Par son étroitesse et ses arbres qui font comme un tunnel de verdure, c’est un peu le Canal du Midi version US.


Première écluse ! Le bief sépare la Caroline du Nord de la Virginie. La dernière remontait aux Portes de Fer, entre Serbie et Roumanie, il y a déjà 5 ans...

Nous pénétrons en virginie, notre 5ème état

Le cockpit rétrécit de jours en jours

De l'eau couleur Coca-Cola : normal, on est aux States

Au bout du canal, la ville de Norfolk, porte d'entrée du plus grand estuaire des États-Unis : la baie de Chesapeake.

Norfolk est aussi la plus grande base aéronavale au monde :
nous sommes cernés par les porte-avions nucléaires


A Norfolk, Noah retrouve son grand-père. Il nous avait quitté à Fort Lauderdale (Floride). 3 mois plus tard, il est de retour à bord de Pando pour nous aider dans la dernière étape.


 

La baie de Chesapeake englobe trois états différents (Delaware, Maryland et Virginie, d'où le nom de la péninsule : Delmarva) ainsi que le District de Columbia (via le Potomac).

 

Le 14 mai 1607, trois navires anglais, Susan Constant, Discovery et Godspeed (un nom bien arrogant : il n'allait pas plus vite que Pando...), partis de londres 5 mois plus tôt, atteignent l’embouchure de la rivière James, à l’entrée de la baie de Chesapeake. Le capitaine a 27 ans. Il se nomme John Smith.



Avec ses 104 hommes, il débarque sur une île de la rive gauche de la James River et établit un campement.

Vue de l'embouchure de la James River


  Un village d'irréductibles petits... anglais 


Jamestown est le plus ancien établissement de colonisation anglais permanent des États-Unis actuels.

Les colons doivent affronter un hiver rigoureux et les attaques incessantes des indiens Algonquins. 

 

En décembre, John Smith est capturé par les tribus locales qui le condamnent à mort. Il est sauvé de justesse par la fille du chef Powhatan, une certaine... Pocahontas.

 

Le 20 août 1620, un navire hollandais débarque les 20 premiers esclaves africains. Originaires du golf de Guinée, ils travailleront dans les plantations. Le commerce triangulaire peut commencer...

 

Alors tout ça à cause de son grand-père...


Des gens raffinés ces indiens Powhatans... intérieur très confortable.
Eclairage zénithal modulable. Une armature souple mais très solide.

 

La pirogue monoxyle indienne : on brule lentement un tronc,

avant de creuser la partie consummée avec des coquillages...

 

laborieux (2 semaines pour évider le tronc) mais indestructible!

 

La même année, les Pilgrims Fathers, des dissidents religieux puritains, débarquent du Mayflower et fondent la colonie de Plymouth. Les Anglais formant le groupe ethnique majoritaire parmi les premiers colons venus s'installer, l'anglais devient la langue qui s'impose naturellement. Pourtant, en comparaison avec la Nouvelle-France et la Nouvelle-Espagne, la Nouvelle-Angleterre occupait un espace beaucoup plus restreint du Nouveau Monde...

 


"Ainsi, le colon se construisait une identité qui ne pouvait être qu'anglaise. S'il lui arrivait d'ajouter des mots indiens dans son vocabulaire (toboggan, mocassin, squaw, etc.), des mots français (prairie, bureau, etc.) ou des mots néerlandais (boss, yankee, etc.), s'il se vantait de moderniser l'anglais, il admettait en même temps qu'il valait mieux ne pas employer des américanismes perçus encore comme une «exagération». De cette façon, le colon ne serait pas un «sauvage» et saurait repousser l'influence de l'Espagne et de la France."


Pour résumer : ils se pointent un siècle après les Espagnols, ils s'emparent de la Nouvelle-Hollande (Connecticut, New Jersey, Delaware, New York), ils déboutent les Français... et 400 ans plus tard, le jackpot : la planète parle anglais.


Et tout ça à cause d'un jeune couillon de 27 ans, parti fonder la Virginie.

 

Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 15:42


C’est le pays où les gens s’abordent systématiquement dans la rue, sur l’eau, partout. Le pays des « Where ya from, man ? », des « what’s up dude ? », des “Have a good one”, “Hi there”, “take care”, ou même, après une belle rencontre : “you’ll be in my prayers”.


Pêche dominicale sur les rives


Hockenberg Bridge… Un ponton bringuebalant juste avant le pont, une atmosphère glauque de zone industrielle : notre escale pour la nuit. On aborde des pêcheurs.


-          What are you fishing?

-          We are shrimpers. Do you want some shrimps?

A peine le temps de bafouiller des remerciements, ses grosses mains fouillent déjà dans la glacière.

-          Do you have a bag ?

-          Euh… no

-          Jim! Bring a bag.

  

Un sac de 3 kilos de crevettes jumbo atterrit dans nos mains. « Have a safe trip ! »
Straight to the point. Généreuse : l’Amérique qu’on aime. Je soupèse le sac… on va jamais réussir à manger tout ça. Il faut qu’on en refile un peu.


Ellen aborde un homme qui pêche à quelques mètres de Pando. La première réaction des américains quand ils apprennent d’où nous venons est toujours la même : ils pointent la petite coque jaune du doigt, moue incrédule, en s’écriant : « …on THIS?? » (sans même prononcer le mot « boat », comble de l’impolitesse)


Roger tient absolument à avoir un autographe, persuadé qu’il nous retrouvera dans quelques jours à la télévision. Je lui propose alors de partager mes crevettes avec lui. Il part vers sa voiture et revient avec un tee-shirt rouge flambant neuf : « c’est le tee-shirt de mon entreprise, me dit-il, c’est pour toi ».

 


Thank you Roger !

  

Charleston (1670), The Holy City : de loin la plus agréable ville américaine depuis Miami. Les maisons ne peuvent pas dépasser la hauteur des églises... Ambiance provinciale. C'était la première ville américaine à accueillir les huguenots français. La french touch est bien visible. Une autre Amérique.

 


 



Ici, ce ne sont plus les alligators qui freinent les envie de faire trempette mais les raies pastenague (stingray), à la piqure souvent mortelle, que l’on voit jaillir en vol plané au-dessus de l’eau, ailes ouvertes façon batman.

 

Au grés des rivières, l'eau passe du chocolat au bleu


La politique commence à s’inviter dans le voyage...


Certains américains ont manifestement le besoin impérieux, face à des étrangers, de déverser leur fiel sur leur nouveau président. D’ailleurs, depuis Miami, nous n’entendons le nom d’Obama que de la bouche de ses adversaires. Des adversaires particulièrement virulents. Le nouveau président semble être le vrai responsable de la crise économique que traverse le pays. Alors son projet d’assurance-maladie obligatoire pour tous (1000 milliards $ sur 10 ans) fait hurler…

 

Vouloir permettre à 47 millions de citoyens de bénéficier d’une assurance-maladie semble une idée absolument abracadabrante pour beaucoup d’américains. « L’expérimentation marxiste » d’Obama ne passe pas. Même si le taux de mortalité infantile du pays le plus riche au monde est l’un des plus élevés des pays développés (derrière la Jordanie…) et sa longévité à la 42ème place mondiale…

 

L’argument des opposants est très simple : pourquoi devraient-ils payer pour les américains qui ont fait « le mauvais choix » ? (ce qui ne « veulent pas » payer les 5000 USD par an -minimum- d’assurance santé).


Ce trait profondément américain nous avait déjà frappé sur le thème des retraites : travailler jusqu’à sa mort semble être une idée normalisée, une évidence. Je n’arrivais pas à me faire comprendre d’eux quand j’évoquais tous ces grands-pères qui remplissaient nos sacs dans les supermarchés. « Tant mieux pour eux, ils ont un job ! »


Georgetown, SC

 

Je me dis parfois que c’est peut-être ainsi que les américains sont devenus la première puissance au monde. En pensant comme ça. Après tout, la santé est un business comme un autre. Bon, peut-être un peu plus juteux que d’autres…

 

Pour Jimmy, originaire de Pennsylvanie, l’ancienne solidarité américaine ne se retrouve que chez les Amishs. Selon lui, si la maison d’un Amish venait à être détruite par un incendie, le lendemain, tout le village retrousserait ses manches pour reconstruire la maison sur le champ… 

 

A Georgetown, j’écrivais dans mon journal de bord :

 

« Et pourtant, comble du paradoxe, j’ai le sentiment très net que les américains, dans leur grande majorité, ne demandent qu’à aider. Si demain Pando venait s’échouer dans une rivière à sec, j’ai du mal à croire que nous ne serions pas dépannés par le premier bateau. »


Trois jours plus tard, bingo! Cette fois-ci, Pando refuse de bouger, nous sommes scotchés.


















...une amarre lançée au premier bateau qui passe... et un grand merci !






***


L’Amérique que nous traversons, une Amérique fluviale essentiellement rurale, semble avoir farouchement résisté à l’Obamania. Le plus gentil pêcheur ne ratera pas une occasion de le rendre responsable d’une mauvaise prise…

 

Parfois, les conversations anodines dérapent sur le terrain politique de la manière la plus cocasse, comme à Myrtle Beach, où nous glanons des informations pour la suite de notre navigation auprès du patron de la marina :

 

-What about “the Piles Rocks”? We’ve been told that this section of the ICW is very narrow and dangerous, is it true ?

-Well, it’s overrated. You just have to stay exactly in the middle of the river and you’ll avoid all the rocks.

-And what if another boat comes in the opposite direction?

-You’ll be fine. As long as you don’t encounter a tug with a barge, which you won’t as long as we’ll have president Obama here.

 

Petite traduction pour ceux qui n’ont pas compris cette apparition pour le moins saugrenue du président américain dans la conversation (on les comprend !) : nous ne risquons pas de croiser un remorqueur tirant une péniche, car il n’y a plus de travail aux US, car Obama est aux commandes du pays ! Logique toute républicaine!

 

Lorsque je le lance sur le sujet de l’assurance santé, il enfonce encore le clou :

 

We don’t want to become a socialist country. We don’t want to be like the Frenchs, the Canadians, the Britishs… We don’t want to be like them, we don’t want to visit them, we want to stay the way we are!

 

A bon entendeur!

 

Carolina Beach

La "pêche" aux orins dans l'hélice continue...

 

Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 20:59

Carolina Beach. Nous attendons un taxi. Je feuillette machinalement mon passeport, orné d’un beau visa US. Puis le passeport d’Ellen. Et là, surprise : même visa (B2) autorisant un séjour de 6 mois… mais une autorisation de 6 mois pour ma pomme et de seulement 3 mois pour Ellen et Noah !

 

Petit moment de flottement… dans 1 semaine, les visas d’Ellen et de Noah arrivent à échéance. Une mauvaise blague ? La Hollande, comme la France, fait partie des pays du « Visa Waiver Program », dont les ressortissants sont exemptés de visa pour les séjours de 3 mois… raison pour laquelle nous avons demandé un visa de 6 mois.


Faute d’inattention du douanier ?
Pourtant, je revois encore très bien le zèle schizophrène du flic des frontières… qui m’a immédiatement classé dans la catégorie « dangereux arabe en règle à contrôler pendant 2 heures ».

 

On se calme. Quel risque court-on réellement avec un visa expiré aux US…? Aucune idée. Mais notre fraiche expérience du pays est sans équivoque : on joue forcément gros. Nous ne sommes pas en Europe. Nos droits de « citoyen-touriste » ne valent pas grand choses ici.

 

Une brève recherche sur le net vient cruellement confirmer ce sentiment.

 

L’article en néerlandais est disponible ici (Radio Nederland Wereldomroep).

C’est l’histoire de Mirjam et Wesley, un jeune couple hollandais de notre âge, partis en 2007 pour un tour du monde. Accrochez-vous.

***

 

Wesley tombe malade aux USA. Lorsque le couple se présente à la frontière mexicaine, leur visa a expiré depuis 10 jours. « Quel risque courrons-nous? » se demandent-ils. Ils souhaitent de toute façon quitter le pays…

 

Ils sont conduits dans une prison du Nouveau Mexique. Wesley passe les 4 premières semaines dans une cellule d’isolement de 2 x 3 m. Un lit, un matelas, des draps et un WC. Les menottes ne sont ôtées que pour les repas, glissés par une trappe. Mirjam, elle, partage une salle avec 80 autres femmes, dont des criminelles. Elle reçoit peu à manger. Elle ne voit pas la lumière du jour. Les rixes entre détenues sont quotidiens. Interdiction de sortir de cette salle. Pendant 2 mois.

 

You are not allowed to make a phone call.

 

Mirjam et Wesley n’ont pas reçu d’avocat. N’ont pas été autorisés à téléphoner à leur famille. Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines qu’une personne de l’ambassade néerlandaise a pu les contacter (pour leur dire qu’elle ne pouvait rien faire pour eux). Après 6 semaines, Wesley peut quitter sa cellule. Il est renvoyé par avion en Hollande. Mirjam reste encore deux semaines en prison.

 

Cette histoire n’est pas un cas isolé. Wesley parle d’un italien, croupissant depuis 5 mois dans la même prison, devenu à moitié fou, à cause d’un visa périmé.     

 

 


Cette histoire récente (2007) aurait pu être la nôtre.

Elle fait partie des choses à savoir avant de poser le pied aux USA.

 

Elle est conforme à ce que j’ai ressenti dès le premier jour, à l’aéroport de Miami. You are not allowed to make a phone call. Lorsque même la vision de Noah dans les bras d’Ellen ne changeait rien à notre situation. Et pour finir, on t’expulse comme un chien, sans un mot d’explication.

 

Ellen a du mal à avaler cette simple réalité : l’Amérique n’est pas l’Europe. Les règles du jeu sont différentes. Peut-être faudrait-il un jour faire subir le même sort à quelques touristes américains pour que les choses changent ? Même en Chine ou en Thaïlande, il m’avait suffit de payer une taxe modique pour les quelques jours de retard sur les dates d’échéances de mes visas.

 

 


PS : il n’a heureusement pas été nécessaire de fuir par la mer vers le Canada, on a pu régler l’incident 3 jours avant la date fatidique…

Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 23:11
Expression relative à la traversée de la Géorgie, récurrente dans la bouche des navigateurs américains… et franco-hollandais.


 L'intracoastal en Géorgie, ça ressemble à ça...


Nous sommes prévenus : la Georgie est la portion la plus difficile de l’ICW en terme de navigation, à cause des courants de marée et surtout… du manque d’eau (shallows).

 

Mais la côte géorgienne, c’est aussi une nature belle à couper le souffle, quelque part entre la Hollande et l’Amazonie… parfois, il ne manque que la silhouette d’un clocher et les bras d’un moulin posés sur l’horizon pour que nous retrouvions la sensation de naviguer au cœur d’un polder. D’autre fois, le bruissement d’une vie animale invisible, tapie derrière un mur végétal, nous ramène à des latitudes plus tropicales.

 

Là, c'est la hollande

 


Là, non

Un croco qui traverse : priorité à droite...


Après 2 mois passés en Floride, nous franchissons enfin Cumberland Sound, la frontière fluviale de la Géorgie. Nous nous heurtons immédiatement à un courant de marée de 3 nœuds. Ici, impossible de planifier quoi que ce soit avec la marée : nous franchissons chaque jour un tel nombre de rivières aux sens d’écoulement contraires, qu’il faut accepter notre nouvelle vitesse. Parfois, heureusement, le courant nous est favorable (chose étrangement assez rare…)

 

Nous avançons sous génois seul au sud de Jekyll Island, et Pando fonce à 8 nœuds, propulsé par le flot. Le sondeur n’a pas le temps de dire ouf que Pando tape violemment et pile net. Moins d’un mètre d’eau en plein milieu d’un chenal que les cartes de 2009 sondent à 12 pieds (4m)! Il faut dire que tous les relevés des chartbooks US datent des années 80… il en faut moins à une rivière pour se transformer !

 

Même avec notre swing keel (dérive relevable) qui fait fantasmer les plaisanciers américains (tous quillards) et qui nous évite 95 % des échouages, nous labourons régulièrement les fonds. Parfois, le labyrinthe de vase ou de sable semble se refermer derrière nous. Sans sonar, nous avançons alors à l’aveuglette, point mort, marche arrière, point mort, marche avant, la gite s’accentue, Pando pivote sur sa semelle de quille, on se replante, on insiste et on finit par retrouver assez d’eau. Moments assez stressants (seul Noah reste zen, sanglé dans son siège auto)… mais qui ont l’avantage de me réconcilier définitivement avec l’acier ! Un matériau d’un autre âge pour les plaisanciers américains, qui préfèrent taper avec des coques en polyester…

 

Buttermilk Sound, un cauchemar à franchir, même avec 3 pieds de tirant d'eau.
Les images satellites en disent plus long que les cartes de la NOAA : on voit clairement les bas-fonds (dépôt limoneux) sur lesquels on est resté planté... 

 

Soyons clair : je déconseille fortement aux voileux d’entreprendre pareil périple avec un tirant d’eau supérieur à 1,20m. Et encore ! Combien de fois sommes nous passés avec 1,10m voire 1 mètre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il passe bien près des rives lui...

 

***

 


Nuits géorgiennes…

 


Nous sommes dans la jungle géorgienne. Pas de réseau téléphonique ni de port. La nuit tombe, nous cherchons un mouillage. Le stress du « labourage » de la journée nous a épuisé. Vite, aller se pieuter. La carte nous indique un petit bras de rivière encombré de bateaux de pêches. Parait bien étroit tout ça... sans parler du courant…

Fatigués, on jette l’ancre. 

 

Première erreur : suivre les indications de mouillage des cartes, dont le seul but est de vous éloigner le plus possible du chenal principal (par la suite, nous n’hésiterons plus à planter l’ancre en plein milieu du chenal)

 

Nous grignotons rapidement et couchons Noah (depuis la Floride, nous ne cuisinons plus : la gazinière surchauffe le carré –déjà tropical-, raison pour laquelle tous les voiliers américains ont, en série, un barbecue sur le balcon arrière…).

Il est 21h00, le mercure déborde. Voilà le 3ème ventilateur 12V made in China qui nous lâche. J’extrais le groupe électrogène 110V du coffre (40 kilos) et en avant la tondeuse… pour faire marcher la clim. Autant vouloir dormir l’oreille collée contre un marteau pneumatique. Au programme de la soirée géorgienne, donc : boîte de nuit ou sauna (on ferme tout à cause des moustiques) : on choisit « boîte de nuit », soirée hard métal. Le genre de moment où « l’Appel du Canada » se fait violent…

 

Flottant sur sa couchette dans une marre de sueur, Ellen enlève son tuba et me souffle : « tu as vérifié la profondeur ? » Je saute sur les tables de marées. Le con ! 2,75 m de marnage…dans 2 heures on touchera le fond. On bouge !


Je sors sur le pont. Nuit noire. Je ne vois ni les rives, pourtant proches, ni les bateaux de pêche. Je démarre le moteur et remonte lentement la chaîne, en essayant de ne pas réveiller Noah, qui dort juste sous mes pieds. Ca bloque. Je m’arrache les mains. Les moustiques en profitent pour déguster mes orteils. J’aide un peu au moteur : l’ancre vient enfin mais le courant nous happe et Pando est déjà dans les arbres!! Les piles faiblissantes de ma frontale éclairent alors la proue d’un bateau de pêche contre la coque. Re-marche arrière, retour dans les arbres. Au bout d’une demi-heure d’évolution en crabe, le sondeur m’indique une zone plus profonde. Je jette l’ancre. Je retourne à ma couchette : dormir !!!

 

Une heure plus tard, je sens qu’on dérape. Je ressors... remonte l’ancre et refais la manœuvre, avec plus de chaine. Je place une deuxième ancre sur le travers, pour la renverse de marée. Retour à la couchette. Toujours en nage et les orteils bouffés par les moustiques. C’est à ce moment que le vrombissement du groupe électro s’arrête. Silence mortel qui signifie : plus de clim ! Petit moment de panique : c’est comme si le thermomètre reprenait un degré par seconde. Je ressors… L’appareil surchauffe : il vibre tellement sur ses 4 pieds, qu’il s’est littéralement déplacé sur le banc du cockpit et est allé se coller amoureusement contre la tôle de l’hiloire, d’où : surchauffe. Je ficèle l’animal avec une corde, en profite pour faire le plein, sans oublier de faire déborder le réservoir, nettoyer le pont pendant une demi-heure avant de redescendre me « coucher » : l’aube pointe déjà…

 

On décampe...

 

Un petit ponton de bois au milieu de sweet grass : nous sommes à Kilkenny Creek, dans un cadre idyllique. Un vieux propriétaire hospitalier, quelques bateaux de pêche, beaucoup de crevettes, des live oaks tricentenaires et recouverts de mousse : voilà la Géorgie qu’on aime. On restera une semaine dans ce hameau isolé de tout.   

 


Dehors, c'est la canicule...


Dedans, c'est pire, malgré les ventilateurs...
"The most extreme translation agency of the US"


Hospitalité géorgienne


- Acheter du poisson ? Moi je n’en ai pas mais demandez à n’importe quel pêcheur, on vous en donnera certainement.

C'est parti… on se dirige vers un groupe de plaisanciers qui lavent leurs prises du jour.

-          Hi, do you sell fish ?

-          No. But I can give you some. What kind of fish do you like?

-          Euh… any kind!

 

Nous repartons avec une espèce de sole et une petite bonite. Une leçon à ne pas oublier ! Le lendemain, une livre de crevettes finit dans nos assiettes. Ici, la crevette est l’appât vivant habituel pour la pêche (live bait). Nous les préférons avec une bonne mayonnaise…

 



Dernier mouillage avant la Caroline du Sud : le moteur cale brusquement. Heureusement, Tudor avait acheté un solide couteau à Las Palmas, parfait pour couper le Serrano en fines tranches… et les orins de pêcheurs pris dans l’hélice. Le meilleur couteau du bord !

 


Savannah River : frontière de la Caroline du Sud.
Après 2 semaines, la Géorgie est derrière nous. Le plus dur ? La chaleur est toujours aussi étouffante. Aux températures officielles annoncées, il faut ajouter le « facteur humidex », un indice d'inconfort dû à l'humidité élevée
: un 90°F devient ici un bon 100…

 


En nage, nous entrons dans une station service climatisée. La civilisation ! Un véritable mur de bières glacées me tend les bras. J’en saisis une avec une émotion difficile à contenir. Au moment où je fais sauter la capsule, le couperet tombe :  « You are not allowed to drink alcohol here, it’s against the law ! »

 

Je me retourne et contemple, perplexe, la montagne de bières glacées derrière moi…

à consommer en cachette à la maison, comme des pétards.

 

Finalement, la jungle, c'était pas si mal...


Par fabrice - Publié dans : RIVER
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