La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

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Where is Pandorak ?

In Chipman Point (Vermont, USA), on Lake Champain.

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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 20:59

Carolina Beach. Nous attendons un taxi. Je feuillette machinalement mon passeport, orné d’un beau visa US. Puis le passeport d’Ellen. Et là, surprise : même visa (B2) autorisant un séjour de 6 mois… mais une autorisation de 6 mois pour ma pomme et de seulement 3 mois pour Ellen et Noah !

 

Petit moment de flottement… dans 1 semaine, les visas d’Ellen et de Noah arrivent à échéance. Une mauvaise blague ? La Hollande, comme la France, fait partie des pays du « Visa Waiver Program », dont les ressortissants sont exemptés de visa pour les séjours de 3 mois… raison pour laquelle nous avons demandé un visa de 6 mois.


Faute d’inattention du douanier ?
Pourtant, je revois encore très bien le zèle schizophrène du flic des frontières… qui m’a immédiatement classé dans la catégorie « dangereux arabe en règle à contrôler pendant 2 heures ».

 

On se calme. Quel risque court-on réellement avec un visa expiré aux US…? Aucune idée. Mais notre fraiche expérience du pays est sans équivoque : on joue forcément gros. Nous ne sommes pas en Europe. Nos droits de « citoyen-touriste » ne valent pas grand choses ici.

 

Une brève recherche sur le net vient cruellement confirmer ce sentiment.

 

L’article en néerlandais est disponible ici (Radio Nederland Wereldomroep).

C’est l’histoire de Mirjam et Wesley, un jeune couple hollandais de notre âge, partis en 2007 pour un tour du monde. Accrochez-vous.

***

 

Wesley tombe malade aux USA. Lorsque le couple se présente à la frontière mexicaine, leur visa a expiré depuis 10 jours. « Quel risque courrons-nous? » se demandent-ils. Ils souhaitent de toute façon quitter le pays…

 

Ils sont conduits dans une prison du Nouveau Mexique. Wesley passe les 4 premières semaines dans une cellule d’isolement de 2 x 3 m. Un lit, un matelas, des draps et un WC. Les menottes ne sont ôtées que pour les repas, glissés par une trappe. Mirjam, elle, partage une salle avec 80 autres femmes, dont des criminelles. Elle reçoit peu à manger. Elle ne voit pas la lumière du jour. Les rixes entre détenues sont quotidiens. Interdiction de sortir de cette salle. Pendant 2 mois.

 

You are not allowed to make a phone call.

 

Mirjam et Wesley n’ont pas reçu d’avocat. N’ont pas été autorisés à téléphoner à leur famille. Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines qu’une personne de l’ambassade néerlandaise a pu les contacter (pour leur dire qu’elle ne pouvait rien faire pour eux). Après 6 semaines, Wesley peut quitter sa cellule. Il est renvoyé par avion en Hollande. Mirjam reste encore deux semaines en prison.

 

Cette histoire n’est pas un cas isolé. Wesley parle d’un italien, croupissant depuis 5 mois dans la même prison, devenu à moitié fou, à cause d’un visa périmé.     

 

 


Cette histoire récente (2007) aurait pu être la nôtre.

Elle fait partie des choses à savoir avant de poser le pied aux USA.

 

Elle est conforme à ce que j’ai ressenti dès le premier jour, à l’aéroport de Miami. You are not allowed to make a phone call. Lorsque même la vision de Noah dans les bras d’Ellen ne changeait rien à notre situation. Et pour finir, on t’expulse comme un chien, sans un mot d’explication.

 

Ellen a du mal à avaler cette simple réalité : l’Amérique n’est pas l’Europe. Les règles du jeu sont différentes. Peut-être faudrait-il un jour faire subir le même sort à quelques touristes américains pour que les choses changent ? Même en Chine ou en Thaïlande, il m’avait suffit de payer une taxe modique pour les quelques jours de retard sur les dates d’échéances de mes visas.

 

 


PS : il n’a heureusement pas été nécessaire de fuir par la mer vers le Canada, on a pu régler l’incident 3 jours avant la date fatidique…

Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 23:11
Expression relative à la traversée de la Géorgie, récurrente dans la bouche des navigateurs américains… et franco-hollandais.


 L'intracoastal en Géorgie, ça ressemble à ça...


Nous sommes prévenus : la Georgie est la portion la plus difficile de l’ICW en terme de navigation, à cause des courants de marée et surtout… du manque d’eau (shallows).

 

Mais la côte géorgienne, c’est aussi une nature belle à couper le souffle, quelque part entre la Hollande et l’Amazonie… parfois, il ne manque que la silhouette d’un clocher et les bras d’un moulin posés sur l’horizon pour que nous retrouvions la sensation de naviguer au cœur d’un polder. D’autre fois, le bruissement d’une vie animale invisible, tapie derrière un mur végétal, nous ramène à des latitudes plus tropicales.

 

Là, c'est la hollande

 


Là, non

Un croco qui traverse : priorité à droite...


Après 2 mois passés en Floride, nous franchissons enfin Cumberland Sound, la frontière fluviale de la Géorgie. Nous nous heurtons immédiatement à un courant de marée de 3 nœuds. Ici, impossible de planifier quoi que ce soit avec la marée : nous franchissons chaque jour un tel nombre de rivières aux sens d’écoulement contraires, qu’il faut accepter notre nouvelle vitesse. Parfois, heureusement, le courant nous est favorable (chose étrangement assez rare…)

 

Nous avançons sous génois seul au sud de Jekyll Island, et Pando fonce à 8 nœuds, propulsé par le flot. Le sondeur n’a pas le temps de dire ouf que Pando tape violemment et pile net. Moins d’un mètre d’eau en plein milieu d’un chenal que les cartes de 2009 sondent à 12 pieds (4m)! Il faut dire que tous les relevés des chartbooks US datent des années 80… il en faut moins à une rivière pour se transformer !

 

Même avec notre swing keel (dérive relevable) qui fait fantasmer les plaisanciers américains (tous quillards) et qui nous évite 95 % des échouages, nous labourons régulièrement les fonds. Parfois, le labyrinthe de vase ou de sable semble se refermer derrière nous. Sans sonar, nous avançons alors à l’aveuglette, point mort, marche arrière, point mort, marche avant, la gite s’accentue, Pando pivote sur sa semelle de quille, on se replante, on insiste et on finit par retrouver assez d’eau. Moments assez stressants (seul Noah reste zen, sanglé dans son siège auto)… mais qui ont l’avantage de me réconcilier définitivement avec l’acier ! Un matériau d’un autre âge pour les plaisanciers américains, qui préfèrent taper avec des coques en polyester…

 

Buttermilk Sound, un cauchemar à franchir, même avec 3 pieds de tirant d'eau.
Les images satellites en disent plus long que les cartes de la NOAA : on voit clairement les bas-fonds (dépôt limoneux) sur lesquels on est resté planté... 

 

Soyons clair : je déconseille fortement aux voileux d’entreprendre pareil périple avec un tirant d’eau supérieur à 1,20m. Et encore ! Combien de fois sommes nous passés avec 1,10m voire 1 mètre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il passe bien près des rives lui...

 

***

 


Nuits géorgiennes…

 


Nous sommes dans la jungle géorgienne. Pas de réseau téléphonique ni de port. La nuit tombe, nous cherchons un mouillage. Le stress du « labourage » de la journée nous a épuisé. Vite, aller se pieuter. La carte nous indique un petit bras de rivière encombré de bateaux de pêches. Parait bien étroit tout ça... sans parler du courant…

Fatigués, on jette l’ancre. 

 

Première erreur : suivre les indications de mouillage des cartes, dont le seul but est de vous éloigner le plus possible du chenal principal (par la suite, nous n’hésiterons plus à planter l’ancre en plein milieu du chenal)

 

Nous grignotons rapidement et couchons Noah (depuis la Floride, nous ne cuisinons plus : la gazinière surchauffe le carré –déjà tropical-, raison pour laquelle tous les voiliers américains ont, en série, un barbecue sur le balcon arrière…).

Il est 21h00, le mercure déborde. Voilà le 3ème ventilateur 12V made in China qui nous lâche. J’extrais le groupe électrogène 110V du coffre (40 kilos) et en avant la tondeuse… pour faire marcher la clim. Autant vouloir dormir l’oreille collée contre un marteau pneumatique. Au programme de la soirée géorgienne, donc : boîte de nuit ou sauna (on ferme tout à cause des moustiques) : on choisit « boîte de nuit », soirée hard métal. Le genre de moment où « l’Appel du Canada » se fait violent…

 

Flottant sur sa couchette dans une marre de sueur, Ellen enlève son tuba et me souffle : « tu as vérifié la profondeur ? » Je saute sur les tables de marées. Le con ! 2,75 m de marnage…dans 2 heures on touchera le fond. On bouge !


Je sors sur le pont. Nuit noire. Je ne vois ni les rives, pourtant proches, ni les bateaux de pêche. Je démarre le moteur et remonte lentement la chaîne, en essayant de ne pas réveiller Noah, qui dort juste sous mes pieds. Ca bloque. Je m’arrache les mains. Les moustiques en profitent pour déguster mes orteils. J’aide un peu au moteur : l’ancre vient enfin mais le courant nous happe et Pando est déjà dans les arbres!! Les piles faiblissantes de ma frontale éclairent alors la proue d’un bateau de pêche contre la coque. Re-marche arrière, retour dans les arbres. Au bout d’une demi-heure d’évolution en crabe, le sondeur m’indique une zone plus profonde. Je jette l’ancre. Je retourne à ma couchette : dormir !!!

 

Une heure plus tard, je sens qu’on dérape. Je ressors... remonte l’ancre et refais la manœuvre, avec plus de chaine. Je place une deuxième ancre sur le travers, pour la renverse de marée. Retour à la couchette. Toujours en nage et les orteils bouffés par les moustiques. C’est à ce moment que le vrombissement du groupe électro s’arrête. Silence mortel qui signifie : plus de clim ! Petit moment de panique : c’est comme si le thermomètre reprenait un degré par seconde. Je ressors… L’appareil surchauffe : il vibre tellement sur ses 4 pieds, qu’il s’est littéralement déplacé sur le banc du cockpit et est allé se coller amoureusement contre la tôle de l’hiloire, d’où : surchauffe. Je ficèle l’animal avec une corde, en profite pour faire le plein, sans oublier de faire déborder le réservoir, nettoyer le pont pendant une demi-heure avant de redescendre me « coucher » : l’aube pointe déjà…

 

On décampe...

 

Un petit ponton de bois au milieu de sweet grass : nous sommes à Kilkenny Creek, dans un cadre idyllique. Un vieux propriétaire hospitalier, quelques bateaux de pêche, beaucoup de crevettes, des live oaks tricentenaires et recouverts de mousse : voilà la Géorgie qu’on aime. On restera une semaine dans ce hameau isolé de tout.   

 


Dehors, c'est la canicule...


Dedans, c'est pire, malgré les ventilateurs...
"The most extreme translation agency of the US"


Hospitalité géorgienne


- Acheter du poisson ? Moi je n’en ai pas mais demandez à n’importe quel pêcheur, on vous en donnera certainement.

C'est parti… on se dirige vers un groupe de plaisanciers qui lavent leurs prises du jour.

-          Hi, do you sell fish ?

-          No. But I can give you some. What kind of fish do you like?

-          Euh… any kind!

 

Nous repartons avec une espèce de sole et une petite bonite. Une leçon à ne pas oublier ! Le lendemain, une livre de crevettes finit dans nos assiettes. Ici, la crevette est l’appât vivant habituel pour la pêche (live bait). Nous les préférons avec une bonne mayonnaise…

 



Dernier mouillage avant la Caroline du Sud : le moteur cale brusquement. Heureusement, Tudor avait acheté un solide couteau à Las Palmas, parfait pour couper le Serrano en fines tranches… et les orins de pêcheurs pris dans l’hélice. Le meilleur couteau du bord !

 


Savannah River : frontière de la Caroline du Sud.
Après 2 semaines, la Géorgie est derrière nous. Le plus dur ? La chaleur est toujours aussi étouffante. Aux températures officielles annoncées, il faut ajouter le « facteur humidex », un indice d'inconfort dû à l'humidité élevée
: un 90°F devient ici un bon 100…

 


En nage, nous entrons dans une station service climatisée. La civilisation ! Un véritable mur de bières glacées me tend les bras. J’en saisis une avec une émotion difficile à contenir. Au moment où je fais sauter la capsule, le couperet tombe :  « You are not allowed to drink alcohol here, it’s against the law ! »

 

Je me retourne et contemple, perplexe, la montagne de bières glacées derrière moi…

à consommer en cachette à la maison, comme des pétards.

 

Finalement, la jungle, c'était pas si mal...


Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /Août /2009 19:17


Indian River, Floride.





07h00 du matin : réveil « asiatique ».

 

Ca tape déjà.

 

Nous avons fini par nous extraire de Fort Lauderdale et de l’immense zone résidentielle entourant Miami. 

 


Peu à peu, les villas de millionnaires s’espacent.



La nature reprend pied. De la mangrove, d’abord. Puis une végétation et une faune franchement tropicales.



 

 

Les rives défilent. Dès l’aube, il fait une chaleur à crever. Autour de nous, le vol incessant des pélicans qui se laissent violemment tomber en chute libre dans l’eau, avant de refaire surface le bec chargé.



Des aigles (pygargues) à tête blanche, l’emblème national. Des dauphins, tellement qu’on ne tourne plus la tête. Et des lamantins (manatee), plus rares, grosses vaches marines qui, elles, déclenchent mes hurlements hystériques. Leur taille, surtout, me surprend chaque fois (environ 4m).

 


Face à la richesse évidente de cette faune aquatique (gage d’une eau propre), je me suis longtemps demandé pourquoi aucun américain ne faisait trempette dans l’Intracoastal... Jusqu’au jour où j’interpelle les occupants d’une barque, fixant un tronc d’arbre, à demi-immergé, dans les roseaux. Un de ces nombreux troncs d’arbre sans intérêt qui bordent la rive...

-          What are you looking at ? 

-          Alligator.

 

 Bon, la piscine, c’est pas mal non plus.

 


Nous profitons de chaque brise pour envoyer le génois, qui nous fait gagner un peu de vitesse. Mais nous sommes lents. Extrêmement lents. Infiniment lents. Au moins autant que sur le Rhin. C’est dire… en fait, nous progressons à la vitesse d’un marcheur qui entreprendrait de remonter toute la côte Est américaine à pied. Les voileux ricains nous répètent que nous devrions passer par la mer en longeant la côte et fuir ces ponts et ces méandres inutiles.

 


Mais notre programme n’est pas la mer, mais bien la terre. Les terres. Celles que borde l’Intracoastal Waterway : une voie navigable sans équivalent, ni fluviale, ni maritime, ni lacustre, ni côtière, ni douce, ni salée : mais tout cela à la fois. En fait, le plus simple pour se représenter l’ICW, c’est d’ouvrir Google Earth à n’importe quel endroit du littoral est américain, entre Miami et Boston. Et de zoomer. Encore et encore... Jusqu’à ce qu’une ligne apparaisse, comme un deuxième littoral, en retrait du premier, à l’abri dans les terres. Parfois étroit et sinueux (comme en Géorgie), d’autre fois large et rectiligne (comme en Floride). Une voie parcourue de milliers de rivières, lacs, inlets… mis en réseau par l’U.S. Army Corps of Engineers, aux noms bucoliques : Alligator River, Cape Fear, Mosquito Lagoon, Haulover Canal, Hell Gates…

 


"Well then, if the Intracoastal Waterway isn’t a narrow, tree-chocked, hazard filled obstacle course, what is it ? The answer is : it is water. Water in wide sounds where the shore isn’t visible, water in canals and land-cuts, water in rivers, water in creeks and water in bays. It is deep water, shallow water, blue, green, grey and brown water..."

 


 


Des grains de fin du monde éclatent souvent en soirée. En cette saison, les ciels de Floride témoignent d'une énergie peu commune : les heat lightning, des éclairs sans éclairs, c’est comme si quelqu’un s’amusait là-haut à jouer avec le disjoncteur principal. On/Off. On/Off. J’apprendrai plus tard d’un taxi driver que la Floride est « the Lightning Capital of the World, dude ! »... je veux bien le croire.

 


Les averses qui accompagnent souvent ces grains laissent songeur : les rues des grandes villes s’inondent en une demi-heure et deviennent vite impraticables, rien n’ayant été prévu pour drainer l’eau. Etrange première puissance au monde qui se retrouve systématiquement les pieds dans l’eau à la première averse. Vu le manque d’investissement fédéral dans un réseau routier de qualité, je commence à comprendre le goût des américains pour les voitures aux roues de camion : les riches roulent en 4x4 et les pauvres attendent la décrue…

 

Voilà le paradoxe qui ne manque pas de nous surprendre depuis notre arrivée en Floride : malgré la violence manifeste de la nature, les « maisons » en bois (en français : des bungalows) ressemblent souvent à des fétus de paille prêts à s’envoler au moindre cyclone (hormis les villas de millionnaires). Quand on pense à l’absence totale de protection du littoral floridien (la Hollande sans ses digues), à l’omniprésence de l’eau dans les terres (30.000 lacs en Floride…), à la trajectoire des hurricanes (qui aiment le coin) et au réchauffement climatique… mieux vaut investir dans un bateau.



Naviguer sur l’ICW en Floride, c’est demander l’ouverture d’une quinzaine de ponts par jour par VHF … bon, une voix féminine fait des miracles.

 

En quittant Fort Lauderdale au lendemain de l’Independance Day (un vague feu d’artifice sans intérêt… le film était plus drôle... Steve affirmera «  la majorité des américains ne savent même pas à quoi correspond cette date), j’avais une date précise en tête : le 11 juillet à 19h00, nous devions être à Cape Canaveral pour assister au lancement de la navette spaciale Endeavour qui devait rejoindre l’ISS avec 5 astronautes à son bord. On veut pas rater ça!

 

A l’heure dite, Pando est aux premières loges, la rampe de lancement du Kennedy Space Center étant bien visible depuis l’Intracoastal.

 


Mais la forte couverture nuageuse entraîne l’annulation du vol. Nous l’avons guetté pendant 3 jours… avant de le rater le quatrième ! Arggh! 

 


Cap sur Saint Augustine : la plus ancienne ville des Etats-Unis.

 


Fondée par les Espagnols en 1565… après y avoir délogé les français qui avaient reconnu en premier la côte de Floride et fondé un poste sur place.

 

Enfin autre chose que des buildings et des larges avenues…

 

Depuis l’Intracoastal, la silhouette de la ville, avec ses clochers, évoque une ville européenne. Tellement plus belle. Oui, ça fait chauvin mais j’assume. La beauté des bâtiments et des villes US m’échappe encore. Un incroyable aspect toc se dégage souvent des villas les plus luxueuses, avec leurs fausses cheminées en pierre, leurs colonnes massives évoquant une Grèce de pacotille, le kitsch de leurs statues de jardin, leurs fausses toitures toscanes. Le réel charme de ces villas américaines est incontestablement dans les jardins, qui débordent littéralement de chênes centenaires, de cyprès immenses et d’une nature débridée qui n’existe plus chez nous.

Les ruelles pavées de Saint Augustine et les maisons de style colonial me rappellent les quartiers historiques de La Palma et de la Gomera. Ici, tout est « the oldest of the US » : la première pharmacie, la première école, la première prison…

 

Dans ce pays si jeune, la passion des américains pour leur propre histoire (et la généalogie en particulier) n’en finit pas de nous frapper. Demandez l’heure ou votre chemin à un américain : s’il reconnaît à votre look ou votre accent que vous venez d’Europe, il déclinera spontanément ses origines européennes (même vieilles de 3 siècles), en déclinant le nom de son aïeul, avec une pointe de fierté souvent manifeste d’avoir des racines sur le vieux continent, synonyme absolu de culture et de savoir-vivre. Je connais personnellement peu d'européens capables de me citer les noms et métiers de leurs ancêtres du XVIIIe siècle…

 

Pour l’anecdote, les Pays-Bas (qui ont fondé New-Amsterdam/York) n’existent toujours pas en Amérique : j’attends encore de croiser un plaisancier américain qui ne s’écrie pas « Bonjour ! » à la vue de notre pavillon tricolore… batave.

 

 
Le Spanish Quarter Living History Museum retrace fidèlement ce à quoi la ville
ressemblait en 1740. Le concept de ce « musée vivant » vaut vraiment le détour, puisque tous les « acteurs » de ce village (menuisier, forgeron, artisan du cuir, cordelier, etc…) n’ont rien d’autre à faire, hormis leurs activités respectives, que de tailler de longues bavettes avec les curieux. Tous ont en commun un rejet franc de la société de consommation, du plastique, du gaspillage, du « made in china » et un amour du travail manuel bien fait. Le cordelier, un ancien cadre supérieur, nous avoue : "j'ai travaillé comme un fou pendant 16 ans dans une grande boîte, juste pour mettre de la viande sur la table. C'était horrible. Et puis j'en ai eu assez, j'ai eu envie de changer de vie". Brad, le menuisier anglais qui fait des merveilles sans outillage électrique, se laisse aller aux confidences en nous dévoilant son rêve : acheter une vieille ferme en bois à rénover et 10 hectares de terre en Pennsylvanie. « Juste pour ne pas me laisser envahir… vous savez, ici c’est encore possible... la terre ne coûte rien et ce pays est immense ». Le rêve américain version amish ? 


A l’intérieur de ces maisons, une étrange fraicheur. Pas de fenêtre sur la façade orientée au soleil, mais d’immenses, se faisant face, sur les autres façades. Il soupire : « l’air circule bien. A l’époque, ils savaient encore construire des maisons. Pas besoin de climatisation… »

 

Bien droit sur ma chaise, un verre de Budweiser vide en face de moi, mes yeux se ferment doucement : la chaleur de la ville est telle que la climatisation du café me fait l’effet d’un coup de bambou. Heureusement, le patron veille. Il interpelle Ellen « he’s not allowed to sleep here. It’s against the Law”.

 

Voilà LA phrase US. Celle qui explique les villas de millionnaires et les maxi-yachts. Miami débordait de publicités sur panneaux géants avec le même mot : attorney par ci, attorney par là. Le paradis des avocats. Alors pour éviter d'être victime d'une quelconque plainte à 2 balles, les américains se barricadent derrière des montagnes d'avertissements, sous forme de petits écriteaux discrets, du style "il est interdit d'entrer dans ce restaurant (au plancher vermoulu et aux lattes disjointes) avec des talons aiguilles", "si vous avez des problèmes d'obésité ou de diabète, nous vous déconseillons certains plats de notre restaurant...", etc, etc.


Les américains ont un problème avec la loi. Comme s’ils craignaient qu’un petit relâchement de la société conduirait irrémédiablement à l’anarchie totale. Ou pire encore : un pays où les clients s'assoupiraient librement à la terrasse d’un café.

 

Les douches pour hommes de la marina sont vides. Noah dans son buggy, nous pénétrons dans le local dans le but de le doucher. Un employé  zélé nous hèle : la présence d’une femme dans des douches pour hommes, même vides, est against the law. Même quand cette femme est une mère qui veut juste doucher son enfant avec l’aide du père. Vous avez dit « psychorigide » ?

 

Nous sommes à la terrasse d’un café à Melbourne, Floride. Le matin, j’avais lu sur internet la sordide affaire Cheb Mami et le verdict : 5 ans de prison ferme (personnellement, je lui en aurai bien filé le double). Je déplie la gazette locale. Une enseignante de 38 ans ayant eu des relations sexuelles avec un étudiant consentant de 16 ans écope de 5 ans de prison ferme. La photo montre une pauvre femme en larmes, menottes aux poignets, encadrée par 2 policiers. Cette mère divorcée perd la garde de ses quatre enfants, portera un bracelet électronique pendant 10 ans après la peine, sera interdite à proximité des écoles. « Under state law, she will be labeled as a sexual predator for the rest of her life ».

 

Ici, 5 ans de prison ferme pour une relation amoureuse consentie entre une femme et un jeune homme (a child : 16 ans !). Chez nous, 5 ans de prison pour un acte de barbarie pur. Deux démocraties, deux idées de la justice...

 

Ici, les lois sont claires. Sensation très nette. Pas de circonstance atténuante. Le sentiment qu’ici, une petite faute ne sera pas pardonnée. Sous la façade de l’American way of life, je perçois de plus en plus un système autiste, à l’image de ce flic formaté de l’aéroport de Miami, à la dégaine de shérif, débitant avec une voix de robot les consignes apprises par cœur. Sorry, madam. You are not allowed to make a phone call. Inutile de parler avec un flic américain : il est pas programmé pour ça. La récente affaire Gates-Crowley, qui fait grand bruit ici, apporte une preuve supplémentaire du « zèle » schizophrène des flics.

 

Alors on marche pas sur les pelouses et on exhibe notre mascote...

 


  Demain la Georgie !


Par fabrice - Publié dans : RIVER
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 18:03

Cloué au quai. L’expression est de Bob, notre voisin de ponton et ami. Après 4 semaines sans avoir bougé d’un mètre, c’est exactement ce qui nous arrive.

J’avais pourtant répondu avec aplomb au capitaine de la Marina Las Olas de Fort Lauderdale, qui s’enquérait de la durée de notre séjour : « 2-3 jours maximum ». Le temps de résoudre quelques problèmes techniques avant de s’élancer à l’assaut de l’Intracoastal. La marina en question étant l’une des moins chères des US (10 €/jour), la décision est vite prise.

D’abord, le boulot : régler les problèmes posés par le 110V dans un bateau européen : adaptateurs en tout genre, chargeurs, nouvel outillage électrique. Ensuite, la « législation caca » : installer un réservoir à eau noire, une vanne Y, un filtre, un nable de pont, un coude anti-siphon et tout le tintouin. Rejeter sa crotte à moins de 3 miles des côtes US a un prix : 25.000$. Mieux vaut se retenir…
Holding tank
Nouvel inverseur

Ensuite, le gaz : encore une nouvelle norme, nouveau raccord. Puis le téléphone : trouver la solution la moins chère dans la jungle des opérateurs. Et changer les 4 silentblocs sans sortir le Perkins de la cale, avant de réaligner le moteur une énième fois. Et acheter enfin les 30 mètres de chaîne qui manquent à mon ancre depuis la Hollande…

Mais la seule inquiétude est le mercure qui ne cesse de grimper. J’ai beau ne rien connaître aux Fahrenheits, je n’oublierai pas ce 105 °F… Même les 52° C de Mauritanie me semblent un souvenir rafraichissant ; car le problème ici n’est pas la chaleur, mais l’humidité. Bienvenue dans le grand sèche-linge tropical… de l’avis des locaux, ce mois de juin 2009 est d’une lourdeur exceptionnelle.

Très vite, la croisière fluviale tourne à la survie, les 2 mini ventilateurs 12v ne pouvant plus rafraichir Noah. Nous nous barricadons alors dans la salle commune climatisée de la marina, que nous squattons sans vergogne, de l’aube au crépuscule. Nous prenons soudainement conscience d’un « détail » : Pando est l’unique bateau du port (ou de Floride ?)… sans clim.

C’est alors que la solidarité des plaisanciers ricains se met en branle pour aider cet étrange équipage franco-hollandais en nage, qui a eu l’idée saugrenue de venir naviguer à la pire époque avec un nouveau-né, 3 mois après la haute saison (février). Alex m’offre sa clim portable (5000 BTU) qu’il installe sur le hublot de pont... Bob joue le taxi pour nous permettre de faire nos courses, me file son amplificateur d’antenne Wifi pour surfer à bord, des amarres, des cartes, des jerrycans, me déniche sur le net l’annexe avec moteur indispensable pour la suite… Kellee vient régulièrement nous nourrir à bord, Sarah se charge du baby-sitting de Noah pour nous permettre de traduire (inestimable), Hyde nous file un siège auto pour bébé que nous installons dans le cockpit, Andrew me fait profiter de sa carte (30 % de réduction chez West Marine), Jimmy nous sort régulièrement au resto…. Merci merci merci !!

Alex installe la clim
avec Kellee
Harry et Noah inséparables
Bob à la guitare


Aux US, les bonnes affaires ne sont pas sur EBay mais sur Craiglist : annexe Bombard et moteur Honda de 2008, le vendeur en voulait 1000 $ mais le moteur refuse de partir. Il s’obstine. Le lanceur se casse : je lui en propose alors la moitié. Il accepte. 10 min de bricolage plus tard, le moteur tourne comme une horloge. 300 € le tout : qui dit mieux ?

Officiellement, nous travaillons. C’est-à-dire que nos 5 ordinateurs portables (dont 2 neutralisés par un virut32 contre lequel Norton, Mc Afee et autre Kasperski ne peuvent rien) trônent en permanence dans la salle commune. Noah joue par terre, sur son tapis.

Mais cette salle est un lieu de passage. Une gare. La discussion s’engage alors systématiquement avec chaque nouvel entrant. Voilà la vraie raison de cette escale qui joue les prolongations : nous taillons des bavettes à longueur de journée. Obama, les Hamischs, Armagedon, Israël, la sécu, 09/11, Jackson, l’Irak, Jésus, Monsanto, … tout y passe. L’Amérique se découvre lentement. Nous n’avons pas fait un mètre mais nous sommes les deux pieds dans le voyage. L’immense plage de sable blanc de Fort Lauderdale est pourtant à 100m : pas le temps.


Pieter et Caro viennent de Hollande. Ils ont acheté un Bénéteau de 50 pieds aux Caraïbes et le ramènent en Méditerranée… en cargo. Comme Sarah et Frog, qui ramènent un Catalina flambant neuf en Australie… en cargo. 28K$ pour retrouver, dans un petit mois, leur voilier à l’autre bout du monde… impossible de passer la douane australienne avec bouffe ou alcool : ils transforment alors la couchette arrière de Pando en épicerie, 2 mois de provisions qui viennent s’ajouter à celles laissées par Bob et Kellee qui vendent leur Lagoon 41 et rentrent par la route en Californie. Bilan : Pando est plus bas sur l’eau qu’avant la transat !


June et Hyde viennent d’Afrique du Sud. La discussion s’engage en afrikaans. Avec leur pavillon, impossible pour eux de décrocher le fameux Crusing Permit, ce sésame de la navigation US, que nous avons gagné de haute lutte aux US Customs de Miami. L’absurdité de l’administration américaine s’exprime alors dans toute sa splendeur : malgré leur visa et leur superbe catamaran, ils sont contraints de faire les formalités d’entrée et de sortie… à chaque nouvelle ville des USA ! (une cinquantaine jusqu’à NYC ?). Amers, ils abandonnent leur voilier au port et décident d’acheter un camping-car pour traverser les states par la route (la crise a fait surgir un énorme marché de véhicules bradés, à moins de 5000 €). Malheureusement, un hamburger qui passe mal et le pauvre Hyde se retrouve aux urgences… avec une assurance de base… pour deux jours d’hôpital… Steve fait une rapide estimation des coûts : 5000 $/jour x 2=…? décidément, Michael Moore n’en finit pas de nous rattraper.

Avec Jimmy, qui nous réconcilie avec la cuisine américaine
Par fabrice - Publié dans : RIVER
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