La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

Où est Pandorak ?

A 20km au nord de Manhattan, sur l'Hudson.

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Pando va passer tout l'hiver à Haverstraw, au nord de NYC.

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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /2008 10:47

Pour notre première traversée à bord de Pandorak, Björn débarque de Cologne pour nous prêter main forte.


Une fenêtre météo se dessine pour le lendemain, il ne s’agit pas de la rater.


Au prix de longues tractations avec les voleurs de l’exécrable port du Moulin Blanc, le bateau est remis à l’eau.

Le temps de remonter les safrans, de faire les pleins d’eau et de fuel, de remplir chaque recoin du bateau de canettes de bière Lidl (présence allemande oblige) et nous débouquons la rade de Brest, cap au 210, 330 milles devant l’étrave, cap sur… l’Espagne.


 


Nous passons l’île de Sein.





Une brise légère s’établit au nord-est, mer belle, un waypoint sur la Coruña, pilote auto enclenché… et le redoutable Gascogne s’ouvre par un apéro en bonne et due forme, faisant mentir le vieil adage breton "Celui qui voit Sein voit sa fin"...


 


 


 



3 heures du matin. La soudure du support du pilote auto casse net, suivi par une violente embardée, la bôme qui traverse le cockpit, GV à contre et le bateau qui empanne coup sur coup. Il faut barrer, ce qui s’avère ardu, au grand largue et par cette nuit sans lune.


Quelques minutes plus tard, loi de Murphy oblige, le moteur s’arrête brusquement. Petit vent de panique à bord, je refuse cependant de dérouter Pandorak. 3 heures de travail acharné plus tard, tout rentre dans l’ordre, grâce à un outil providentiel, un Dremel acheté avant le départ et qui me permet de faire une entaille dans la tige de 3 mm d’inox, impossible à forer.

 

Une respiration sur tribord, un aileron qui émerge à 2 mètres du bordé et nous courons comme des gosses à l’étrave : dauphins !



S'agit-il de la même famille ? Pendant 2 jours, cinq dauphins nous accompagnerons fidèlement, disparaissant puis reparaissant, de jour comme de nuit, pour de longues minutes de jeu à l’avant du bateau.



Pando est tellement bas sur l’eau qu’il est presque possible de toucher leur aileron. D’un mouvement du tronc, leur corps bascule sur le côté, un œil curieux apparaît : ils nous regardent, semblent « répondre » à nos cris par des sauts. Rencontre magique, toujours.

Le deuxième jour, à 150 miles de toutes terres, autre rencontre : un oiseau minuscule atterrit sur le pont. Depuis combien de temps dure sa dérive sur l’océan ? Perdu, épuisé, il n’a plus peur des hommes et vient trouver refuge dans le carré. Son pépiement nous accompagne plusieurs heures. Impossible de le nourrir. Le lendemain, nous le retrouvons étendu mort sur une couchette, et jetons son corps frêle à la mer.

   


Au matin du troisième jour, le vent est franchement sud-ouest, nous n’avançons qu’à 2,8 nœuds au moteur. Le baromètre qui commence à descendre nous convainc de modifier notre cap pour pouvoir rester sous voiles et atteindre plus rapidement la côte espagnole : cap sur la ria de Viveiros, à 30 miles à l’est de la Corogne.  

Terre en vue… à un demi-mile de la côte, un violent parfum nous fouette les narines : après le désert olfactif de la mer, nous retrouvons l’humus, la forêt… les yeux fermés, on se croirait dans les Alpes !








Notre premier aperçu de la Galice est loin de la Costa : une côte peu bétonnée, des falaises de montagnes moyennes, couvertes de sapins.


Nous fêtons notre arrivée par un jacuzzi à la piscine municipale, où nous nous dérouillons avec bonheur.



Le lendemain, nous mettons le cap sur la Coruña, que nous atteignons la nuit, guidés par la lumière du plus ancien phare en activité au monde, la Torre de Hercules, dont la construction remonte aux Romains. Selon la légende, Hercule aurait enterré sa tête dans les fondations du phare et installé un miroir au sommet de la tour, qui réfléchissait les flammes d'un foyer afin de guider les marins la nuit.

Longtemps ce phare incarna l'espoir d'une vie meilleure pour les milliers d'immigrants à destination de l'Amérique latine, loin de la misère de la Galice.




La descente vers le Portugal peut commencer.


Par fabrice
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Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /2008 00:57

 


Première nuit en mer. Nous avons laissé derrière nous Calais, une ville sans âme, et quitté sans déplaisir le trafic intense des rails de cargos vers l'Angleterre, si proche, dont nous apercevrons la côte en doublant les deux caps du boulonnais : Blanc Nez et Gris Nez. La Côte d'Opale étire son long cordon de plages monotones, qui laissera bientôt place aux belles falaises blanches du Pays de Caux.


Partis avec la marée du soir de Boulogne, avec un vent contraire, nous avions d'abord visé Etaples. D'heures en heures, le vent adonne, devient favorable, nous avançons maintenant au bon plein. J'adapte les voiles, mets le cap sur la baie de Somme avant de replonger dans les éternels calculs de marée, qui m’absorberont toute la nuit.

 


Car depuis peu, naviguer est devenu un véritable casse-tête, bien loin de nos navigations méditerranéennes… Je respecterai dorénavant les pilots charts et les statistiques : en avril, cap sur le Danemark mais certainement pas sur Brest !


 


 

Chaque nouvelle étape est précédée par de longues heures de travail sur les courants de marée, que nous devons utiliser pour contrer cet implacable vent de sud-ouest qui ne nous lâchera pas un seul jour jusqu'à Brest. Quelque part entre St Valéry et Fécamp, nous toucherons du doigt le sens originel de l'expression « contre vents et marées » : il faut avoir été sur un petit bateau qui recule pour comprendre !



Quand les deux forces s'opposent, il y a toujours un moment pour avancer dans la direction souhaitée, en profitant du moment où l'un prend l'ascendant sur l'autre. Mais quand les deux se liguent contre nous, y a qu'une chose à faire : demi-tour !
Parti de Cherbourg vent dans le nez, Pandorak franchit  le Raz Blanchard comme sur un tapis roulant et casse tous ses records de vitesse : 10,1 nœuds contre le vent !

Puis vient Guernesey, l'île de Victor Hugo, des Fish&Chips et des douches chaudes à volonté. Le printemps se décide enfin à percer, nous passerons une semaine sur cette île où la France semble bien loin.

 


Après huit heures de mer depuis le port de St Peter, Pandorak touche la Bretagne Nord et file s’abriter dans la rivière du Trieux. Brusquement, des rives boisées, les odeurs qui reviennent, une eau enfin lisse, des bruits de forêt, d'oiseaux : la vie, quoi ! Je me demande parfois ce que je recherche en mer quand le fleuve a tant à offrir… d’autres fleuves, plus loin ?

 

La splendeur de la Bretagne, son hospitalité, se dévoile dans un petit port goémonier à l’entrée du Chenal du Four : l’Aber Ildut. Arrivés un dimanche après-midi, nous déclarons par deux fois notre volonté d’acheter du pain : les boulangeries étant fermées, celui-ci nous sera spontanément offert, deux fois, par les habitants.

 

 


Le passage du chenal du Four, ciel bleu et voiles en ciseaux, marquera notre première navigation au portant depuis la Hollande, sous le soleil ! Un dernier empannage et nous pénétrons en rade de Brest : fin du Finistère ! Si notre navigation côtière touche à sa fin, ma carte intime de la France s’est étoffée des couleurs de son littéral nord, normand et breton. 


La longue et lente descente depuis Amsterdam, contre les vents, est derrière nous ; j’ai la conviction que cette navigation laborieuse, studieuse même, sera indispensable pour la suite, qu’elle nous a obligé à intégrer les subtilités des phénomènes de marées, de courants, et a appréhender la voile sur un petit bateau. Ce fut également une navigation où le bricolage fut quotidien : 2 sorties de l’eau, dépose des safrans, installation VHF, feux de mat, AIS, pilote auto, sondeur, etc, etc… Bon, Pandorak n’a encore ni ancre ni compas, mais j’y pense !

 


 

Par fabrice
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Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /2008 09:38
Avec son dédale de ruelles médiévales et ses vieux édifices en brique, Middelburg fait imanquablement penser à Bruges. 

Au cours du Siècle d'Or, la ville était, après Amsterdam, le centre de commerce le plus important des Pays-Bas.


J’ai amarré Pandorak au cœur de la vieille ville, sur le canal qui traverse la presqu’île de Walcheren. Ellen et mon père me rejoignent pour une semaine dans la capitale de la Zélande.











Mon père découvre avec joie Pandorak

   

Ellen savoure la spécialité locale : les "Botterbabbelaars".


Puis vient le grand jour : le dernier pont est franchi à Vlissingen, à l’embouchure de l’Escaut Occidental : face à nous et sous le ventre de Pandorak, l’eau est maintenant définitivement salée…

Dimanche 6 avril 2008. Ambiance tendue à bord. Pandorak va connaitre son baptême de mer.

L’ojectif de la journée est Zeebrugge, sur la côte belge. A l’intérieur tout est minutieusement fixé, le pont est rangé, les drisses bien au clair. Les cirés et brassières sont enfilés, les harnais sont capelés aux lignes de vie. Je suis à la barre, tendu. Sortie du port. Ca y est, la grande voile est hissée, le génois se déroule dans des gestes imprécis.

D’heures en heures, la tension diminue : les réactions du bateau sont saines, la barre est sensible, équilibrée, le bateau étale bien, se montre assez raide à la toile, nous permettant de remonter ce mauvais sud-ouest qui nous freinera jusqu’en France. Pourtant, je ne suis toujours pas en mer, mais dans l’expectative, dans l’attente silencieuse de la casse à venir, de la panne vicieuse, de la prochaine manifestation de la loi de Murphy.

Rien de tout cela. Pandorak taille sereinement sa route, contre le vent, aidé par le puissant courant de marré qui porte au large pendant un peu moins de 6 heures. Si je ne me «sens» pas encore en mer, je ressens quand même autre chose : ce petit bateau est un vrai voilier, sensible, vif ; certes les vagues ont la fâcheuse tendance à grimper un peu trop facilement sur le pont, mais le bateau avance tout en souplesse, ne se plante pas dans les vagues : je suis bien loin de la maison flottante d’Unimak et des « sensations » de sa barre à roue hydraulique… Le soir, nous fêtons notre arrivée dans le port de Blankenberge par une bière et une belle portion de frites.

Le lendemain, départ à 5h du matin, éclairé par la lune, nous dépassons Ostende et ses bacs à moules au bon plein.




















La côte belge déroule son ruban de buildings. Les Belges adorent leurs plages et s’y entassent avec un sens esthétique qui n’est pas sans rappeler celui des Espagnols de la Costa Brava ; un tramway, le « tramway de la côte » relie même toutes les plages du littoral belge, de la France jusqu’à Zeebrugge ! A Nieuwpoort, que nous visions, un coup d’œil sur la carte des courants nous encourage à pousser encore plus loin : Dunkerque !













L’arrivée dans la cité de Jean Bart ne s’improvise pas : des bancs de sables affleurants rendent les abords du port de Dunkerque particulièrement dangereux pour celui qui s’écarterait du chenal balisé ; le plus célèbre d’entre eux, le Banc de Sandettie, fur longtemps protégé par le bateau-phare rouge du même nom que je retrouve avec émotion au Bassin du Commerce, où j’accomplis un petit pèlerinage personnel : c’est ici même, à bord du trois-mât « la Duchesse Anne » qu’avait été officiellement lancé notre périple fluvial, il y a de cela 4 ans : souvenirs, souvenirs… où sont Richard, Ellen, Caramel et notre boîte jaune et bleu?


Par fabrice
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /2008 18:24
Maintenant que je me retrouve seul à bord, j'entre enfin dans une période de lenteur.

Préparer le bateau, appareiller, barrer, franchir les ponts, les écluses, s'amarrer : je me regarde vivre avec une pointe d'incrédulité. Je cherche ma place dans cette solitude nouvelle. Ainsi donc, cette énergie, quotidienne, déployée pendant plus d'une demi-année... pour se retrouver seul à la barre d'un petit bateau, le visage fouetté par un vent glacial, à commettre mes premières erreurs de navigation, à chercher désespérément à savoir d’où vient le vent, à m'essayer dans cette vie nouvelle. Une vie infiniment plus lente que la course qui l’a précédée. Partir le plus vite possible fut mon credo. Aujourd'hui, je contemple ce temps nouveau avec incrédulité. J’ai renoncé à tout programme et à tout projet. Mon horizon a enfin retrouvé une « taille » humaine, celle de la journée.

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Car le rythme des jours commence lentement à changer. De fait, je m'écroule avec la nuit et me réveille aux premières lueurs du jour. La liste des choses à faire sur le bateau s'allonge, et je la laisse sereinement grossir. Mon âme redécouvre (car il s'oublie vite) le chemin de l'errance, et l'existence de cette vie dans la vie, infiniment plus lente, et qui ne se laisse découvrir qu'aux promeneurs dont le vent fouette le visage de l'aube jusqu'à la nuit. Le cerveau se vide de mille choses insignifiantes pour se remplir de vent et de roulis, et parfois même de questions anciennes. Une errance, un désœuvrement au goût d'embruns, qui n'a après tout pas moins de sens qu'une course à l'argent ou au confort qui siérait si bien à mon nouveau statut de trentenaire. Parfois, le grésillement d'un SMS me rappelle à une autre réalité. Je déplie alors mon ordinateur portable et traduis avec plus de gratitude que d'habitude, un œil scrutant le ciel à travers les hublots.

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Par fabrice
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