La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

Catégories

NEW MATELOT/MATROOS/MATROSE

Where is Pandorak ?

In Chipman Point (Vermont, USA), on Lake Champain.

Commentaires Récents

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Prochainement :

Vol sur la neige dès que la météo le permet !

Nombre de visiteurs

compteur pour blog
Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 00:57

 


Première nuit en mer. Nous avons laissé derrière nous Calais, une ville sans âme, et quitté sans déplaisir le trafic intense des rails de cargos vers l'Angleterre, si proche, dont nous apercevrons la côte en doublant les deux caps du boulonnais : Blanc Nez et Gris Nez. La Côte d'Opale étire son long cordon de plages monotones, qui laissera bientôt place aux belles falaises blanches du Pays de Caux.


Partis avec la marée du soir de Boulogne, avec un vent contraire, nous avions d'abord visé Etaples. D'heures en heures, le vent adonne, devient favorable, nous avançons maintenant au bon plein. J'adapte les voiles, mets le cap sur la baie de Somme avant de replonger dans les éternels calculs de marée, qui m’absorberont toute la nuit.

 


Car depuis peu, naviguer est devenu un véritable casse-tête, bien loin de nos navigations méditerranéennes… Je respecterai dorénavant les pilots charts et les statistiques : en avril, cap sur le Danemark mais certainement pas sur Brest !


 


 

Chaque nouvelle étape est précédée par de longues heures de travail sur les courants de marée, que nous devons utiliser pour contrer cet implacable vent de sud-ouest qui ne nous lâchera pas un seul jour jusqu'à Brest. Quelque part entre St Valéry et Fécamp, nous toucherons du doigt le sens originel de l'expression « contre vents et marées » : il faut avoir été sur un petit bateau qui recule pour comprendre !



Quand les deux forces s'opposent, il y a toujours un moment pour avancer dans la direction souhaitée, en profitant du moment où l'un prend l'ascendant sur l'autre. Mais quand les deux se liguent contre nous, y a qu'une chose à faire : demi-tour !
Parti de Cherbourg vent dans le nez, Pandorak franchit  le Raz Blanchard comme sur un tapis roulant et casse tous ses records de vitesse : 10,1 nœuds contre le vent !

Puis vient Guernesey, l'île de Victor Hugo, des Fish&Chips et des douches chaudes à volonté. Le printemps se décide enfin à percer, nous passerons une semaine sur cette île où la France semble bien loin.

 


Après huit heures de mer depuis le port de St Peter, Pandorak touche la Bretagne Nord et file s’abriter dans la rivière du Trieux. Brusquement, des rives boisées, les odeurs qui reviennent, une eau enfin lisse, des bruits de forêt, d'oiseaux : la vie, quoi ! Je me demande parfois ce que je recherche en mer quand le fleuve a tant à offrir… d’autres fleuves, plus loin ?

 

La splendeur de la Bretagne, son hospitalité, se dévoile dans un petit port goémonier à l’entrée du Chenal du Four : l’Aber Ildut. Arrivés un dimanche après-midi, nous déclarons par deux fois notre volonté d’acheter du pain : les boulangeries étant fermées, celui-ci nous sera spontanément offert, deux fois, par les habitants.

 

 


Le passage du chenal du Four, ciel bleu et voiles en ciseaux, marquera notre première navigation au portant depuis la Hollande, sous le soleil ! Un dernier empannage et nous pénétrons en rade de Brest : fin du Finistère ! Si notre navigation côtière touche à sa fin, ma carte intime de la France s’est étoffée des couleurs de son littéral nord, normand et breton. 


La longue et lente descente depuis Amsterdam, contre les vents, est derrière nous ; j’ai la conviction que cette navigation laborieuse, studieuse même, sera indispensable pour la suite, qu’elle nous a obligé à intégrer les subtilités des phénomènes de marées, de courants, et a appréhender la voile sur un petit bateau. Ce fut également une navigation où le bricolage fut quotidien : 2 sorties de l’eau, dépose des safrans, installation VHF, feux de mat, AIS, pilote auto, sondeur, etc, etc… Bon, Pandorak n’a encore ni ancre ni compas, mais j’y pense !

 


 

Par fabrice - Publié dans : OCEAN
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /Avr /2008 09:38
Avec son dédale de ruelles médiévales et ses vieux édifices en brique, Middelburg fait imanquablement penser à Bruges. 

Au cours du Siècle d'Or, la ville était, après Amsterdam, le centre de commerce le plus important des Pays-Bas.


J’ai amarré Pandorak au cœur de la vieille ville, sur le canal qui traverse la presqu’île de Walcheren. Ellen et mon père me rejoignent pour une semaine dans la capitale de la Zélande.











Mon père découvre avec joie Pandorak

   

Ellen savoure la spécialité locale : les "Botterbabbelaars".


Puis vient le grand jour : le dernier pont est franchi à Vlissingen, à l’embouchure de l’Escaut Occidental : face à nous et sous le ventre de Pandorak, l’eau est maintenant définitivement salée…

Dimanche 6 avril 2008. Ambiance tendue à bord. Pandorak va connaitre son baptême de mer.

L’ojectif de la journée est Zeebrugge, sur la côte belge. A l’intérieur tout est minutieusement fixé, le pont est rangé, les drisses bien au clair. Les cirés et brassières sont enfilés, les harnais sont capelés aux lignes de vie. Je suis à la barre, tendu. Sortie du port. Ca y est, la grande voile est hissée, le génois se déroule dans des gestes imprécis.

D’heures en heures, la tension diminue : les réactions du bateau sont saines, la barre est sensible, équilibrée, le bateau étale bien, se montre assez raide à la toile, nous permettant de remonter ce mauvais sud-ouest qui nous freinera jusqu’en France. Pourtant, je ne suis toujours pas en mer, mais dans l’expectative, dans l’attente silencieuse de la casse à venir, de la panne vicieuse, de la prochaine manifestation de la loi de Murphy.

Rien de tout cela. Pandorak taille sereinement sa route, contre le vent, aidé par le puissant courant de marré qui porte au large pendant un peu moins de 6 heures. Si je ne me «sens» pas encore en mer, je ressens quand même autre chose : ce petit bateau est un vrai voilier, sensible, vif ; certes les vagues ont la fâcheuse tendance à grimper un peu trop facilement sur le pont, mais le bateau avance tout en souplesse, ne se plante pas dans les vagues : je suis bien loin de la maison flottante d’Unimak et des « sensations » de sa barre à roue hydraulique… Le soir, nous fêtons notre arrivée dans le port de Blankenberge par une bière et une belle portion de frites.

Le lendemain, départ à 5h du matin, éclairé par la lune, nous dépassons Ostende et ses bacs à moules au bon plein.




















La côte belge déroule son ruban de buildings. Les Belges adorent leurs plages et s’y entassent avec un sens esthétique qui n’est pas sans rappeler celui des Espagnols de la Costa Brava ; un tramway, le « tramway de la côte » relie même toutes les plages du littoral belge, de la France jusqu’à Zeebrugge ! A Nieuwpoort, que nous visions, un coup d’œil sur la carte des courants nous encourage à pousser encore plus loin : Dunkerque !













L’arrivée dans la cité de Jean Bart ne s’improvise pas : des bancs de sables affleurants rendent les abords du port de Dunkerque particulièrement dangereux pour celui qui s’écarterait du chenal balisé ; le plus célèbre d’entre eux, le Banc de Sandettie, fur longtemps protégé par le bateau-phare rouge du même nom que je retrouve avec émotion au Bassin du Commerce, où j’accomplis un petit pèlerinage personnel : c’est ici même, à bord du trois-mât « la Duchesse Anne » qu’avait été officiellement lancé notre périple fluvial, il y a de cela 4 ans : souvenirs, souvenirs… où sont Richard, Ellen, Caramel et notre boîte jaune et bleu?


Par fabrice - Publié dans : OCEAN
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 18:24
Maintenant que je me retrouve seul à bord, j'entre enfin dans une période de lenteur.

Préparer le bateau, appareiller, barrer, franchir les ponts, les écluses, s'amarrer : je me regarde vivre avec une pointe d'incrédulité. Je cherche ma place dans cette solitude nouvelle. Ainsi donc, cette énergie, quotidienne, déployée pendant plus d'une demi-année... pour se retrouver seul à la barre d'un petit bateau, le visage fouetté par un vent glacial, à commettre mes premières erreurs de navigation, à chercher désespérément à savoir d’où vient le vent, à m'essayer dans cette vie nouvelle. Une vie infiniment plus lente que la course qui l’a précédée. Partir le plus vite possible fut mon credo. Aujourd'hui, je contemple ce temps nouveau avec incrédulité. J’ai renoncé à tout programme et à tout projet. Mon horizon a enfin retrouvé une « taille » humaine, celle de la journée.

IMG_1944.JPG

Car le rythme des jours commence lentement à changer. De fait, je m'écroule avec la nuit et me réveille aux premières lueurs du jour. La liste des choses à faire sur le bateau s'allonge, et je la laisse sereinement grossir. Mon âme redécouvre (car il s'oublie vite) le chemin de l'errance, et l'existence de cette vie dans la vie, infiniment plus lente, et qui ne se laisse découvrir qu'aux promeneurs dont le vent fouette le visage de l'aube jusqu'à la nuit. Le cerveau se vide de mille choses insignifiantes pour se remplir de vent et de roulis, et parfois même de questions anciennes. Une errance, un désœuvrement au goût d'embruns, qui n'a après tout pas moins de sens qu'une course à l'argent ou au confort qui siérait si bien à mon nouveau statut de trentenaire. Parfois, le grésillement d'un SMS me rappelle à une autre réalité. Je déplie alors mon ordinateur portable et traduis avec plus de gratitude que d'habitude, un œil scrutant le ciel à travers les hublots.

IMG_2043.JPG
Par fabrice - Publié dans : OCEAN
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /Mars /2008 12:37
De Gouda à Dordrecht, Ruud et son inséparable 12 cordes folk m'accompagnent... Moutons, digues et Beatles au programme. Sans oublier ses propres compos, enregistrées en exclusivité à bord de Pandorak.
Photo-004.jpg
Photo-014.jpg Photo-027.jpg Les dépressions des deux dernières semaines sont enfin derrières nous et les ponts acceptent à nouveau de s'ouvrir... nous attendons la nuit que le pont ferroviaire de Gouda veuille bien nous laisser passer. Le lendemain, 20 miles aidés par un petit bout de génois, un dernier pont à passer et nous voilà au coeur de la vieille ville de Doordrecht. Demain 30 ans...


Lydie et Marc débarquent pour l'occasion :
Photo-033.jpg Au menu de mes 30 ans : Champagne, Gouda aux truffes (une tuerie) avec
moutarde aux figues et à l'aneth, une bonne dizaine de harengs frais en salade, et une boule au Cointreau en dessert. Ca console!
Photo-037.jpg Photo-041.jpg








Par fabrice - Publié dans : OCEAN
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés