La Grande Aventure...

... se dressait devant moi,
redoutable comme une
question posée par les Dieux :
sauras-tu faire de ton rêve une réalité?
(Bernard Moitessier - La longue route)

Où est Pandorak ?

A 20km au nord de Manhattan, sur l'Hudson.

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Pando va passer tout l'hiver à Haverstraw, au nord de NYC.

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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /2007 10:17

LE FROID nous réveille aux aurores après notre première nuit à bord de Pandorak, une nuit sans sommier ni matelas, avec la capote du roof en guise de duvet.

J'abandonne la barre au pilote auto. Au menu des trads du jour : 8 recettes de gâteaux au chocolat pour Ellen (Magazine Elle), une enquête sur les ramifications d’Al-Qaïda aux Pays-Bas (Rapport Universitaire) pour ma pomme. Ellen peut sourire…

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De l’autre côté du Hollandsch Diep, nous quittons la Zélande et faisons route au nord,
en direction de Dordrecht, et bifurquons juste avant Rotterdam en direction de Gouda.




Les canaux se retrécissent, les ouvrages d’arts se succèdent, nous naviguons dans le jardin de maisons luxueuses, dont chacune possède leur voilier (ca fait plus classe)...

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Bruit de moteur derrière nous. Je me retourne mollement. Jézumarijozef ! L’Arche de Noé !

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IMG-1074.JPG J’avais lu le récit fou de ce hollandais, qui avait entrepris, seul, et pendant 2 années, la construction de la réplique la plus fidèle possible ( ?) de l’Arche, avec comme objectif de parcourir l’Europe à son bord.

La cathédrale de bois dépasse lentement Pandorak. Pour le coup, la passion de cet homme impose le respect. Pour la petite histoire, il cherche aujourd’hui à en construire une 2 à 3 fois plus grande, à l’échelle « réelle », capable de contenir toutes les espèces animales…


Quand la nuit tombe, nous avons atteint le Nieuwe Meer, un grand lac à la bordure sud d’Amsterdam.  L’endroit est magnifique. Nous sommes censé attendre 1h du matin, heure de « l’ouverture » de l’Autoroute A4 (imaginez : vous roulez la nuit sur la A1, direction Paris, et un tronçon de la route s’élève la nuit à la verticale pour laisser passer un petit voilier…) .

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A la vue de ce lac, nous changeons brusquement de plan : pourquoi ne pas laisser Pandorak ici ? Nous sommes à 20 minutes en vélo du centre-ville, le plan d'eau est parfait pour se roder et il est inutile de démâter !


Au réveil, premier (et sans doute dernier, vu la température) plongeon dans le Nieuwe Meer.

IMG-1175.JPG La douche est chaude, puis froide : pas de place pour nous, il faut avoir la pipe et 45 ans d'ancienneté dans un « Club Nautique » très select pour trouver une place. Mais il nous reste, bien sûr, la bonne vieille tradition hollandaise de la LISTE D'ATTENTE DE 7 ANS. Ce pays est vraiment trop petit.

Après de longs pourparlers, nous finissons par convaincre le responsable de nous accorder une place temporaire, avec la promesse de déguerpir une fois l’hiver passé. Une authentique BALLOTAGE-KOMISSIE (Commission de ballotage, en hollandais dans le texte) viendra juger si l'esthétique de notre barque ne fait pas tâche dans le port (Je cours récurer la rouille sur le pont, heureusement Pandorak est un VAN DER STADT 100% origine contrôlée, avec sabot + moulin + hareng + gouda + XTC à bord) et si nos aptitudes mentales ne dépareilleront pas avec la moyenne des propriétaires de bateaux.

"Et en été, vous serez où?
- Euh (un temps)... loin, loin."

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Par fabrice
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Lundi 27 août 2007 1 27 /08 /2007 13:04
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LE  DEPART était prévu à 10 heures du matin. Nous partons donc vers 16 heures. Pour un premier galop d’essai, la croisière va s'apparenter, encore une fois, à une course anarchique et sans préparation. Je dois en effet rejoindre Unimak en Espagne dans trois jours pour le ramener en Camargue. Et des traductions en retard se sont accumulées, pour Ellen comme pour moi. J'ai juste eu le temps de checker l’organe essentiel de cette balade : sa majesté Perkins, Perama M30.

pando.jpg En Hollande, il existe une route atypique traversant le pays du nord au sud et qui permet à un voilier de rejoindre, sans démâter, la Frise depuis la frontière belge: la « Route du Mât Debout ». Cette route, à peu de chose près, est celle que nous avons empruntée avec Richard, en avril 2004, à bord de Pandora. La seule différence, mais de taille, est que notre tirant d'air est passé de 2,50 m à 13,50 m...

Il va donc nous falloir attendre que la trentaine de ponts en tout genre qui traversent cette route fluviomaritime acceptent de se soulever d'une quinzaine de mètres pour nous permettre de passer.

 

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Le départ est fidèle à la tradition miraculeuse du « complot »… celle qui veut que les anciens ne laissent pas partir les jeunes loups, manifestement mal préparés mais débordant d'enthousiasme, sans leur offrir ce qui se révélera par la suite absolument indispensable à leur voyage : un jerrycan de 10 l de gasoil de réserve, des cartes nautiques complètes et un Water almanach.

 
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Le Perkins démarre au quart de tour, c'est de bonne augure, mais ce premier voyage va se dérouler comme avec Pandora : dans la peur permanente d'entendre son ronronnement s'éteindre brusquement, de préférence lors du croisement d'un supertanker de 110 m.






Les amarres sont larguées. J'enclenche doucement la marche arrière. À ma grande stupéfaction, Pandorak tourne littéralement sur lui-même, prouesse à laquelle Unimak ne m'avait pas habitué. Bi-safran ET manoeuvrable au moteur, c'est possible! 

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Brusquement, le petit port de Den Osse est déjà derrière nous.

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La suite ? C'est une croisière aux pays du souvenir, celui de trois fous partis à bord d'un container flottant, peint aux couleurs de l'Europe, en route vers l'Est… 

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Pales d'éoliennes géantes brassant des nuages cotonneux, péniches écrasées sous de noires dunes sablonneuses, moutons mastiquant sur la crête des vagues, voiles blanches flottants sur de vertes prairies, la Zélande fidèle à elle-même...

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Une petite brise de sud-est se lève et je ne peux m'empêcher d'envoyer le génois. Il se remplit lentement. Nous le découvrons pour la première fois. Je reprends doucement au winch. Moment magique. Notre premier bord à la voile sur Pandorak!

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Seul Richard manque au tableau. Je l'appelle illico pour lui annoncer le lieu de notre accostage de ce soir : Willemstadt !
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Par fabrice
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /2007 10:00

GRAND LAVAGE, jour 1.

 

Ciel bleu, cris d’enfants… et de l’eau, partout, lacs et mer, canaux et rivières, je ne sais toujours pas si l’eau sous la coque de Pandorak est douce ou salée… imbroglio unique au monde nommée la Zélande, le « Pays de la Mer » comme le traduisait si bien Richard avec sa voix toute thalassienne… 

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Journée magnifique sur l’île de Schouwen-Beveland où Pandorak est amarré dans le petit port de Den Osse. Encore une fois, je suis le seul qui bosse... Un peu comme en juin dernier à Las Palmas, sur Unimak : la « plaisance » pour les autres, la plomberie pour moi. Dans un carré métallique qui flirte avec les 50 degrés. Sauf que cette fois-ci c’est vraiment pour moi, because Pandorak est mon voilier!

 
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Mon voilier... Entre deux trajets vers les poubelles, je m’arrête, me retourne une nouvelle fois, comme s’il allait se volatiliser. Mais non, il est toujours là, à m'attendre sagement. Impossible de le quitter du regard. Les voisins de pontons ne semblent pas trop comprendre ces longues séances amoureuses de contemplation, au retour de chaque vidage de poubelle. Je n’en reviens toujours pas. 15 ans d'un rêve innoculé par Moitessier, Antoine, Janichon et les autres, pour contempler aujourd'hui, à 29 ans (ouf!) un petit voilier, qui se dresse fièrement dans un ciel cher aux peintres hollandais...

 


Pour l'instant, je jette. Tout ou presque. Armé de ma nouvelle cartouche de Ventoline, je m’active avec frénésie. J’ai récupéré une brouette avec laquelle j’enchaine au pas de course les allers/retours vers les containers. Les 6 couchages d’abord, responsables de mes crises d’asthme. Gilets de sauvetage, vaisselle, rideaux, linge, crème anti-hémorroïde, outils obsolètes, toutes ces vieilleries douteuses dont on hérite toujours après l’achat d’un bateau (sur Pandora c’était une panoplie complète de boites de sardines rouillées...).

A vue de nez, j'estime à 5 mois le temps nécessaire à la préparation du bateau. Mais pour cela, il faudrait encore que j'arrête de me farcir 5 heures de route pour travailler sur Pandorak.

Une seule solution : le remonter sur Amsterdam.

Par fabrice
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /2007 12:29

Mets-toi sous la douche.
Tourne le robinet.

Le bleu.
En même temps, prends une grosse liasse de billets.
Et déchire-les.
Un par un.
Sous la douche glaciale.
Ca te plaît?
Tu peux l’acheter ton voilier…

(Proverbe anglais)


Deux jours après, le contrat est signé.
C'est une période indéfinissable, il faut l'avoir vécue pour comprendre. On a beau croire avoir déjà examiné la bateau "sous toutes ses coutures", il nous semble chaque jour différent. On tourne comme un insecte autour de lui, redécouvre ses formes à chaque nouveau regard. La vision de l'architecte, son esprit, n'est pas encore percé. (Il faut dire qu'en terme de "toutes ses coutures", on a visité le bateau 1 fois avant de l'acheter et pas plus de 2 heures et on a tout de suite signé par peur qu'il nous glisse entre les doigts... les bateaux discount "premier prix d'Europe" partant toujours très vite.)

C'est l'Heure de Grande Solitude. L'heure du grand méchant doute. On essaye désespérement de se remémorer les raisons de l'Achat... peine perdue, tout se brouille, on déhambule sur le pont la cervelle vide, écrasé par la hauteur du mât, qu'on ose à peine regarder, et la platitude du compte en banque...

Le pouls incertain, la respiration chaude et courte, le regard du mec sur le pont balaye lentement la surface inégale de ce qui est maintenant SON PROPRE PONT POUR TOUJOURS… Soudain, comme dans un mauvais film, au ralenti, les traces de rouille, la peinture cloquée (qui sauteraient depuis longtemps aux yeux de n’importe quel visiteur lambda) atteignent enfin le cortex de l’acheteur, surpris de les trouver là. Jamais vu avant. Sincèrement. Non, vraiment. Et le teck délavé, et les chandeliers qui branlent… Soudain, un objet familier arrête son regard torve : un winch! Tiens, mon bateau à un winch ! Quel beau winch !! Quel bon bateau…!! Bref : on se rassure comme on peut.

Mais la cervelle continue d'hurler : « Puta…!! qu’est-ce que t'as foutu ???? Tu t'es encore fait...! ».

La solution, simple, pas chère, c'est la méthode coué. La pensée positive. L'autosuggestion. L'auto-motivation. Le training autogène de Schultz. L'orientation solution. La visualisation. La suggestologie :

"J'aime mon bateau". C'est simple : "c'est celui que j'ai acheté, donc c'est le meilleur au monde." "Ses défauts sont des qualités".

Pas vraiment d’autre choix…


Pour ma part, hormis le malaise "classique" à la vue de la rouille qui grignote les fonds (je psalmodie l'âge de Pandora en respirant à fond), le coup de cœur ressenti au premier coup d’œil, voilier sur bers, se réitère lorsque je le vois deux jours plus tard pour la première fois dans l’eau. Etonnement, je ne le trouve pas petit. J'exulte même secrètement : sa taille me semble aujourd'hui idéale, je ressens qu'elle est un élément décisif dans la réussite de notre projet. Adieu rêve de grandeur, adieu stress financier... pour naviguer heureux, naviguez petit! Et si la solution était là?

 

A vrai dire, il semble nous attendre.

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ganz40g.gif Ses formes, d’abord. Modernes pour un bateau acier. Ni bunker trapu, ni racer effilé, j’aime sa ligne équilibrée, son franc-bord raisonnable, son fardage modéré, gage de sécurité. Son étrave avancée est d’un autre temps : celui où la recherche d’une longueur de flottaison maximale, gage de vitesse, passait après le confort qu’apporte une étrave élancée qui amortit le passage dans les vagues.

 









Son plan de pont, où toutes les manœuvres reviennent au cockpit, long, autovideur. Ses passavants larges, gage de sécurité. Sa petite jupe, qui participe à la silhouette. Son martyr en inox qui court le long du bordé, pour les accostages scabreux.


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Pourquoi un dériveur lesté ? L’explication est à chercher dans le nom même du bateau. Je voulais absolument un voilier pouvant nous offrir le faible tirant d’eau de Pandora, et que celui-ci soit variable, comme sur Unimak…. Histoire de pouvoir remonter facilement fleuves et rivières. Histoire de s’échouer, également, volontairement ou pas…



A la différence du dériveur intégral (Unimak), qui se pose sur son ventre (et raye en passant son antifouling à $490/litre, NDLR :prix au kilo du caviar iranien), le DL se pose comme une fleur sur la semelle de sa demi-quille, dans laquelle une dérive pivotante « rentre » à l’échouage. Traditionnellement, il faut alors installer des « béquilles », de part et d’autre du bateau, pour qu’il tienne en équilibre…


IMG-0465.JPG Pas besoin de béquilles avec Pandorak : ses deux safrans courts et trapus lui assurent les deux pieds qui lui manquaient pour être solidement ancré sur le fond. La faible surface en contact avec le fond le rend plus facile à « décoller » (Pando et Unimak s’échouaient sur leur ventre)

 

Un vrai voilier qui se pose facilement sur la plage, avec 95cm de TE dérive relevée… mon rêve.

 
A propos des deux safrans… malgré la difficulté de la manœuvre au moteur inhérent à ce type de configuration (le flux de l’hélice se perd entre les deux safrans… adieu flux on t'aimait bien), la sécurité éprouvée sur Unimak, surfant sous pilote par force 11 (rafales à 60 nœuds, côte est de Gran Canaria) sans départ au lof intempestif, ou autres zigzags scabreux du cul m’avait définitivement convaincu des avantages d'avoir deux safrans : le safran ne peut pas « décrocher » car il y en a toujours un dans l’eau, qui force la carène à rester sur sa route. Je voulais un bi-safran, pour pouvoir soulager le pilote auto dans le gros temps et utiliser celui-ci au maximum : en un mot, barrer le moins possible… 

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Pandorak est un « Vita 30 » du célèbre architecte néerlandais Van de Stadt.





La polaire des vitesses (maximales) me laisse songeur : vitesse de 3 Noeuds réels à 90° du vent par force 2 et 8 réels à 130 ° du vent par force 6...

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pour un bateau de voyage en acier de cette taille, il semble véloce l'animal, capable de moyennes honorables par petit temps : pour mémoire, en dessous de 7 Noeuds de vent sur Unimak, on appelait Volvo... Sur le papier, Pandorak pourrait, lui, avancer à 5,5 Noeuds au travers... stab30.gif


Côté sécurité, la courbe de stabilité me rassure définitivement sur les qualité du voilier, avec un point de chavirement très éloigné (la courbe devient négative à partir de 146°, pour Unimak c'était 135). De plus, la surface de la courbe en stabilité négative est très petite, ce qui signifie qu'il ne faudrait pas beaucoup de force pour que le voilier se redresse ; bon on se calme, j'espère jamais le faire giter au delà de 70... 



IMG-0435.JPG Finalement, j’aurai pu appeler ce voilier « Unira » (Unimak/Pandora), parce que je voulais vraiment qu’il unisse les avantages des deux bateaux, pour ne pas avoir à choisir entre MER ou FLEUVE… Mais je préfère 2/3 de Pandora, pour le voyage qu’il nous a offert, et 1/3 d’Unimak… A bon entendeur !

Par fabrice
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