Dur dur de quitter un carré comme celui-la!!
In Chipman Point (Vermont, USA), on Lake
Champain.
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Vol sur la neige dès que la météo le permet !
Dur dur de quitter un carré comme celui-la!!
LE FROID nous réveille aux aurores après notre première nuit à bord de Pandorak, une nuit sans sommier ni matelas, avec la capote du roof en guise de duvet.
J'abandonne la barre au pilote auto. Au menu des trads du jour : 8 recettes de gâteaux au chocolat pour Ellen (Magazine Elle), une enquête
sur les ramifications d’Al-Qaïda aux Pays-Bas (Rapport Universitaire) pour ma pomme. Ellen peut sourire…
De l’autre côté du Hollandsch Diep, nous quittons la Zélande et faisons route au nord,
en direction de Dordrecht, et bifurquons juste avant Rotterdam en direction de Gouda.
Les canaux se retrécissent, les ouvrages d’arts se succèdent, nous naviguons dans le jardin de maisons luxueuses, dont chacune possède leur voilier (ca fait plus classe)...
Bruit de moteur derrière nous. Je me retourne mollement. Jézumarijozef ! L’Arche de Noé !
J’avais lu le récit fou de ce
hollandais, qui avait entrepris, seul, et pendant 2 années, la construction de la réplique la plus fidèle possible ( ?) de l’Arche, avec comme objectif de parcourir l’Europe à son
bord.
La cathédrale de bois dépasse lentement Pandorak. Pour le coup, la passion de cet homme impose le respect. Pour la petite histoire, il cherche aujourd’hui à en construire une 2 à 3 fois plus grande, à l’échelle « réelle », capable de contenir toutes les espèces animales…
Quand la nuit tombe, nous avons atteint le Nieuwe Meer, un grand lac à la bordure sud d’Amsterdam. L’endroit est magnifique. Nous sommes censé attendre 1h du matin,
heure de « l’ouverture » de l’Autoroute A4 (imaginez : vous roulez la nuit sur la A1, direction Paris, et un tronçon de la route s’élève la nuit à la verticale pour laisser passer
un petit voilier…) .
A la vue de ce lac, nous changeons brusquement de plan : pourquoi ne pas laisser Pandorak ici ? Nous sommes à 20 minutes en vélo du centre-ville, le plan d'eau est parfait pour se roder
et il est inutile de démâter !
Au réveil, premier (et sans doute dernier, vu la température) plongeon dans le Nieuwe Meer.
La douche est chaude, puis froide : pas de place pour nous, il
faut avoir la pipe et 45 ans d'ancienneté dans un « Club Nautique » très select pour trouver une place. Mais il nous reste, bien sûr, la bonne vieille tradition hollandaise de
la LISTE D'ATTENTE DE 7 ANS. Ce pays est vraiment trop petit.
Après de longs pourparlers, nous finissons par convaincre le responsable de nous accorder une place temporaire, avec la promesse de déguerpir une fois l’hiver passé. Une authentique
BALLOTAGE-KOMISSIE (Commission de ballotage, en hollandais dans le texte) viendra juger si l'esthétique de notre barque ne fait pas tâche dans le port (Je cours récurer la
rouille sur le pont, heureusement Pandorak est un VAN DER STADT 100% origine contrôlée, avec sabot + moulin + hareng + gouda + XTC à bord) et si nos aptitudes mentales ne dépareilleront pas avec
la moyenne des propriétaires de bateaux.
"Et en été, vous serez où?
- Euh (un temps)... loin, loin."
LE DEPART était prévu à 10 heures du matin. Nous partons donc vers 16 heures. Pour un premier galop d’essai, la croisière va s'apparenter, encore une fois, à
une course anarchique et sans préparation. Je dois en effet rejoindre Unimak en Espagne dans trois jours pour le ramener en Camargue. Et des traductions en retard se sont accumulées, pour Ellen
comme pour moi. J'ai juste eu le temps de checker l’organe essentiel de cette balade : sa majesté Perkins, Perama M30.
En Hollande, il existe une route atypique
traversant le pays du nord au sud et qui permet à un voilier de rejoindre, sans démâter, la Frise depuis la frontière belge: la « Route du Mât Debout ». Cette route, à peu de chose
près, est celle que nous avons empruntée avec Richard, en avril 2004, à bord de Pandora. La seule différence, mais de taille, est que notre tirant d'air est passé de 2,50 m à 13,50 m...
Il va donc nous falloir attendre que la trentaine de ponts en tout genre qui traversent cette route fluviomaritime acceptent de se soulever d'une quinzaine de mètres pour nous permettre de
passer.
Le départ est fidèle à la tradition miraculeuse du « complot »… celle qui veut que les anciens ne laissent pas partir les jeunes loups, manifestement mal préparés mais débordant
d'enthousiasme, sans leur offrir ce qui se révélera par la suite absolument indispensable à leur voyage : un jerrycan de 10 l de gasoil de réserve, des cartes nautiques complètes et un Water
almanach.
Le Perkins démarre au quart de tour, c'est de bonne augure, mais ce premier voyage va se dérouler comme avec Pandora : dans la peur permanente d'entendre son ronronnement s'éteindre brusquement,
de préférence lors du croisement d'un supertanker de 110 m.
Les amarres sont larguées. J'enclenche doucement la marche arrière. À ma grande stupéfaction, Pandorak tourne littéralement sur lui-même, prouesse à laquelle Unimak ne m'avait pas habitué.
Bi-safran ET manoeuvrable au moteur, c'est possible!
La suite ? C'est une croisière aux pays du souvenir, celui de trois fous partis à bord d'un container flottant, peint aux couleurs de l'Europe, en route vers l'Est…
Pales d'éoliennes géantes
brassant des nuages cotonneux, péniches écrasées sous de noires dunes sablonneuses, moutons mastiquant sur la crête des vagues, voiles blanches flottants sur de vertes prairies, la Zélande fidèle
à elle-même...
Une petite brise de sud-est se lève et je ne peux m'empêcher d'envoyer le génois. Il se remplit lentement. Nous le découvrons pour la première fois. Je reprends doucement au winch. Moment
magique. Notre premier bord à la voile sur Pandorak!
Seul Richard manque au tableau. Je l'appelle illico pour lui annoncer le lieu de notre accostage de ce soir : Willemstadt !
GRAND LAVAGE, jour 1.
Ciel bleu, cris d’enfants… et de l’eau, partout, lacs et mer, canaux et rivières, je ne sais toujours pas si l’eau sous la coque de Pandorak est douce ou salée… imbroglio unique au monde nommée la Zélande, le « Pays de la Mer » comme le traduisait si bien Richard avec sa voix toute thalassienne…
Journée magnifique sur l’île de Schouwen-Beveland où Pandorak est amarré dans le petit port de Den Osse. Encore une fois, je suis le seul qui bosse... Un peu comme en juin dernier à Las Palmas, sur Unimak : la « plaisance » pour les autres, la plomberie pour moi. Dans un carré métallique qui flirte avec les 50 degrés. Sauf que cette fois-ci c’est vraiment pour moi, because Pandorak est mon voilier!
Mon voilier... Entre deux trajets vers les poubelles, je m’arrête, me retourne une nouvelle fois, comme s’il allait se volatiliser. Mais non, il est toujours là, à m'attendre sagement. Impossible
de le quitter du regard. Les voisins de pontons ne semblent pas trop comprendre ces longues séances amoureuses de contemplation, au retour de chaque vidage de poubelle. Je n’en reviens toujours
pas. 15 ans d'un rêve innoculé par Moitessier, Antoine, Janichon et les autres, pour contempler aujourd'hui, à 29 ans (ouf!) un petit voilier, qui se dresse fièrement dans un ciel cher aux
peintres hollandais...
Pour l'instant, je jette. Tout ou presque. Armé de ma nouvelle cartouche de Ventoline, je m’active avec frénésie. J’ai récupéré une brouette avec laquelle j’enchaine au pas de course les
allers/retours vers les containers. Les 6 couchages d’abord, responsables de mes crises d’asthme. Gilets de sauvetage, vaisselle, rideaux, linge, crème anti-hémorroïde, outils obsolètes, toutes
ces vieilleries douteuses dont on hérite toujours après l’achat d’un bateau (sur Pandora c’était une panoplie complète de boites de sardines rouillées...).
A vue de nez, j'estime à 5 mois le temps nécessaire à la préparation du bateau. Mais pour cela, il faudrait encore que j'arrête de me farcir 5 heures de route pour travailler sur Pandorak.
Une seule solution : le remonter sur Amsterdam.
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