... se dressait devant moi, redoutable comme une question posée par les Dieux : sauras-tu faire de ton rêve une
réalité? (Bernard Moitessier - La longue route)
Semaine riche envolsdans la région de Meduno, en Italie. Du sommet de ce versant des Alpes, on aperçoit au loin une fine ligne
grise scintillante: l’Adriatique.
Découverte déconcertante de mes premières ascendances et premiers longs vols en soaring. Au décollage, le parapente ne
plonge plus mais s’élève à la verticale…
Les vols s’enchaînent et chacun apporte un enseignement. Les manœuvres sont plus souples, ma confiance dans cette
étrange machine progresse : le parapente est un véritable voilier des airs, qui – entre les mains d’un pilote expérimenté – affiche une maniabilité démoniaque.
Apprendre à déchiffrer les flux invisibles qui gouvernent ce nouvel élément. Les turbulences sous le vent de la petites
clairière, les rouleaux derrière les crêtes, les accélérations dans les fonds de vallées, les cisaillements en bordure de thermique, l'étirement lenticulaire des cumulus qui trahissent l'arrivée
du Foehn. Relief oblige, l’aérologie alpine se révèle infiniment plus complexe que la météo marine...
Avec une trentaine de vols entre 450 et 1200 m à mon actif, les sensations progressent vite mais le chemin vers
l'oiseau est encore long.
Le programme de cet hiver sera donc : voler, voler, voler !
Nous avons quitté Amsterdam pour nous installer à Gröbming, un petit village alpin de
Styrie (Autriche).
Le choix s'avère meilleur que la capitale hollandaise pour apprendre à voler : le terrain de décollage est à
200m...
Premier obstacle : la législation autrichienne est beaucoup plus sévère qu'en France ou en Hollande (où il est possible
d'obtenir son brevet de paramoteur en 3 petites semaines d'un aprentissage en plaine).
Ici, la complexité de l'aérologie alpine oblige à être d'abord un
pilote de parapente confirmé avant de pouvoir accéder à la formation de paramotoriste.
Il va donc me falloir décrocher 3 certificats de parapentiste (Schulbestätigung, Paragleiterschein,
Überlandflugberechtigung) avant de pouvoir démarrer ma belle mobylette des airs...
Je pense finalement que c'est une excellente chose. Mieux vaut commencer par la base, c'est-à-dire par le vol libre,
sans moteur : on apprend mieux à naviguer à bord d'un optimiste que sur un 40 pieds...
D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais rêvé de voler.
Mon rêve était de prendre la mer.
Pas de parfums, de vent qui fouette le visage ou qui
siffle dans les oreilles, mais le confort ouaté d’un habitacle pressurisé. Le manque d’émotion que j’éprouve en prenant l’avion m’a toujours frappé. Sans doute trop loin de la
terre…
Les voyages en appellent d’autres. Comme les livres,
ils ouvrent en grand des portes qui auraient très bien pu rester fermées. Ce besoin nouveau de grimper en tête de mât est un cadeau de Caroline du Sud.
Jeter un œil au-dessus du rideau végétal des rives. Troquer ces quelques arbres pour la cime cotonneuse d’une forêt qui se révèle
brusquement immense. S’éloigner pour mieux embrasser, comme on recule de quelques pas pour mieux contempler un tableau. A quelques centaines de mètres de hauteur, pas plus.
Besoin de plonger physiquement dans le paysage. Aucun rêve d’enfant à l’origine, mais une certitude inexplicable, à 32 ans. Une
envie qui sourd au fil des miles de la côte est américaine, dans la limitation frustrante des rives. Une histoire d’air qui plonge ses racines dans l’eau. Pour finir par se cristalliser en une
obsession :
APPRENDRE A VOLER !
Retour à Amsterdam. La voie du ciel commence sur
Google. D’abord une longue immersion sur la toile pour définir l’aéronef approprié. Le monde de l’aéronautique m’est complètement étranger.
Mon cahier des charges est clair : l’engin doit
être transportable sur Pando, être le moins cher et le moins polluant possible. Il doit pouvoir décoller de partout, ou presque, sur quelques mètres, sans trop de formalités. L’idée première de
l’autogire et du pendulaire (!) est donc vite abandonnée, au profit de l’avion de poche par excellence : le paramoteur. Une aile
souple de la taille du génois de Pando, un petit moteur de tondeuse à gazon et sa grosse hélice dans le dos. L’ensemble tenant dans un gros sac à dos et étant transportable par avion. Difficile
de faire plus simple.
Une fois l’aéronef défini, les journées de lecture
filent, saturées d’une terminologie technique nouvelle, comme au temps de mon initiation, purement livresque, à la mer. Voile reflex ou profil classique ? Embrayage centrifuge ou non ?
Carburateur à cuve ou à membrane ? Attaches sellette ou cannes mobiles? Impossible de faire l’impasse sur ces questions : il s’agit quand même de réussir à quitter le sol… pour
revenir entier.
Dans un premier temps (réflexe
classique du débutant) mon choix se porte sur la Rollsdes paramoteurs : un moteur 4 temps (Bailey 180V3) et son châssis en
titane…
Avant de réaliser qu’il me faudra un moment avant de
pouvoir me le payer... Calculs, hésitations… puis la libération : il suffit d’appliquer la méthode Pando (« un petit bateau tiens
vaut mieux qu’un grand tu l’auras ») à mon envie de voler.
C’est Ebay qui m’offre le bon compromis : un
Adventure M3 (160 cm³, 24 cv) et sa Dakota ITV (voile semi-reflex). Le moteur est un 2 temps et le châssis est en alu… on est loin du 4 temps
en titane mais l’ensemble, âgé de 2 ans, a très peu servi et semble en parfait état.
Commentaires Récents