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LE DEPART était prévu à 10 heures du matin. Nous partons donc vers 16 heures. Pour un premier galop d’essai, la croisière va s'apparenter, encore une fois, à
une course anarchique et sans préparation. Je dois en effet rejoindre Unimak en Espagne dans trois jours pour le ramener en Camargue. Et des traductions en retard se sont accumulées, pour Ellen
comme pour moi. J'ai juste eu le temps de checker l’organe essentiel de cette balade : sa majesté Perkins, Perama M30.
En Hollande, il existe une route atypique
traversant le pays du nord au sud et qui permet à un voilier de rejoindre, sans démâter, la Frise depuis la frontière belge: la « Route du Mât Debout ». Cette route, à peu de chose
près, est celle que nous avons empruntée avec Richard, en avril 2004, à bord de Pandora. La seule différence, mais de taille, est que notre tirant d'air est passé de 2,50 m à 13,50 m...
Il va donc nous falloir attendre que la trentaine de ponts en tout genre qui traversent cette route fluviomaritime acceptent de se soulever d'une quinzaine de mètres pour nous permettre de
passer.
Le départ est fidèle à la tradition miraculeuse du « complot »… celle qui veut que les anciens ne laissent pas partir les jeunes loups, manifestement mal préparés mais débordant
d'enthousiasme, sans leur offrir ce qui se révélera par la suite absolument indispensable à leur voyage : un jerrycan de 10 l de gasoil de réserve, des cartes nautiques complètes et un Water
almanach.
Le Perkins démarre au quart de tour, c'est de bonne augure, mais ce premier voyage va se dérouler comme avec Pandora : dans la peur permanente d'entendre son ronronnement s'éteindre brusquement,
de préférence lors du croisement d'un supertanker de 110 m.
Les amarres sont larguées. J'enclenche doucement la marche arrière. À ma grande stupéfaction, Pandorak tourne littéralement sur lui-même, prouesse à laquelle Unimak ne m'avait pas habitué.
Bi-safran ET manoeuvrable au moteur, c'est possible!
La suite ? C'est une croisière aux pays du souvenir, celui de trois fous partis à bord d'un container flottant, peint aux couleurs de l'Europe, en route vers l'Est…
Pales d'éoliennes géantes
brassant des nuages cotonneux, péniches écrasées sous de noires dunes sablonneuses, moutons mastiquant sur la crête des vagues, voiles blanches flottants sur de vertes prairies, la Zélande fidèle
à elle-même...
Une petite brise de sud-est se lève et je ne peux m'empêcher d'envoyer le génois. Il se remplit lentement. Nous le découvrons pour la première fois. Je reprends doucement au winch. Moment
magique. Notre premier bord à la voile sur Pandorak!
Seul Richard manque au tableau. Je l'appelle illico pour lui annoncer le lieu de notre accostage de ce soir : Willemstadt !
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