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Mais alors, pas du tout. Ce mardi 26 février, je me réveille en pleine nuit et réalise que le départ est pour… dans 3 jours. Ca peut surprendre, mais les personnes qui me connaissent sont
familières de mon éternelle ritournelle : « Euh… on est quel jour aujourd’hui ? ». En pilotage automatique depuis un bon moment, j’ai, comme à mon habitude, « oublié »
les dates. Seulement voilà : j’ai toujours pas trouvé le temps de sortir le bateau de l’eau, de faire les travaux de chaudronnerie qui s’imposent, d’installer un sondeur, un guindeau, des
toilettes, et une foule d’autres choses d’importance variable.
La sagesse serait de reporter le départ de deux bons mois. Sauf que la date du 29 février est fixée depuis un moment et surtout que Richard et Delphine me font la joie de venir nous accompagner
pour le départ sur les canaux.Et puis cette date limite a quand même eu une vertu : le rythme des travaux a été boosté : des 7 mois de chantier, février fut de loin le mois le plus
intense ; j’estime que le minimum syndical a été réalisé (gréement, moteur, isolation, électricité, plomberie) mais la liste est encore longue.
Alors ? Un bon tiers de l’espace de stockage du bateau est sacrifié aux outils embarqués et je me rassure avec
la vague idée de « continuer en route »… « au soleil ».
Pourquoi tant de hâte ? Reporter une date inscrite comme « officielle » (dans mon crane) serait dangereux. Je ressens trop la fragilité d’un projet construit à la seule force
d’une « vieille envie profonde », accompli en solo en un hiver, et dans laquelle toutes mes (maigres) économies ont été englouties. En deux mots, appelons ça la « peur de jamais
décoller ».
Cale technique avant...
et après.
7 mois se sont écoulés depuis l’achat de Pandorak et je n’ai toujours pas eu le temps d’effectuer une seule sortie en mer, voire de passer une nuit à bord ou même de me faire un thé. Voilà la
réalité du « bateau à retaper » : un puits sans fond dans lequel le temps ne se chiffre plus en heures de travail mais en années.
Au début de tout projet de ce type, la sagesse serait de chiffrer avec minutie le budget et le temps de travail estimés, avant… de multiplier ces chiffres par deux.
La méthode alternative, que j’applique, est de se fixer « LA » date, forcément stressante, à laquelle les amarres doivent impérativement être larguées. Une méthode qui a pour seul
mérite de pousser à aller à l’Essentiel. Le reste est du bricolage – toujours plus inconfortable et compliqué- en cours de route. Mais la différence est là : on est en route.
Je suis récemment tombé sur un blog dont l’en-tête m’a laissé songeur : ça disait un truc comme : « blog d’un couple de retraités qui envisagent, d’ici 5 ans, de retaper un bateau
de 15-17 m dans le but de faire un tour du monde ». Tout, dans ce « programme », relève à mes yeux du fantasme le plus viscéral : la démesure du bateau pour deux personnes
âgées, la somme de travail et les fonds à engager, et le pompon : griller 5 années précieuses de sa retraite à gratter une coque trop grande au lieu de partir, immédiatement, sur du neuf,
mais plus petit !
Elly confectionne la literie
Ellen teste le résultat...
Je réalise combien, dans l’inconscient des prétendants au grand départ de notre époque, prendre la mer ne peut être un choix simple et immédiat. Le confort exigé à bord, sous le prétexte souvent
fallacieux de SECURITE, et pour lequel on est prêt à sacrifier des années de travail et d’argent, n’est qu’une façon inavouée de reculer devant l’obstacle. « Je peux pas partir cette
année : le bateau est pas prêt (comprendre : le frigo est en panne…)». Je précise que je n’échappe pas à la règle mais que j’ai heureusement quatre alliés de
taille :
1) Une vieille
envie profonde (vingtaine d’années de rêve)
2) Un compte en banque à zéro (un point qui pousse
plutôt à partir : je peux de toute façon rien payer de plus)
3) L’expérience de Pandora et d’Unimak (pour lesquels j’ai naïvement cru qu’ils seraient les « bateaux de ma vie » et dans lesquels la somme d’énergie successivement engagée m’apparait aujourd’hui comme parfaitement surréaliste)
4) Une prise de
conscience aigüe que le temps suspend plus vraiment son vol, qu’il a plutôt tendance à me glisser de plus en plus entre les doigts, sentiment qui s’aiguise anormalement au fil des ans (la
trentaine, dans 2 semaines, doit y être pour quelque chose, à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose… ?)
Xav en plein effort au winch
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