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A Portsmouth, l'arrivée
de mon père m'encourage à traiter le problème une bonne fois pour toute : dépose des safrans, de la barre de mèche centrale, changement des rotules, des 3 clavettes, compensation du jeu
des bras dans les mèches, polissage et graissages en tous genres…
2 sorties de l’eau et 2 semaines de travail plus tard...
si la facture est salée, la barre n’a jamais été aussi douce!
Réveil à 5h30. Nous quittons le port de Hampton avant l'aube, et mettons le cap sur
Cape Charles, à l’embouchure de la baie de Chesapeake.
Premier contact avec l'océan depuis Miami. Nous avons choisi de couper au plus court et de filer par la mer. New York nous appelle. Après 4 mois sous génois seul, la grande voile est de nouveau hissée. Le vent est hésitant, la légère houle devrait nous rappeler que les règles du jeu ont changé... Je laisse mon père à la barre et descends me coucher. Sur les conseils d'un plaisancier local, nous restons à 2 miles des côtes.
Je dors depuis un moment dans le carré quand une vague vient s'abattre comme une gifle, elle balaye littéralement le pont et s'écrase violemment dans le cockpit. Je saute sur le pont, l'esprit embué. L'horizon est blanc, le bateau cerné d'écume. Incrédulité. Coup d'oeil au sondeur : 1,40m. Panique. 1,40m d'eau à 8km des côtes... Un haut-fond. On va se faire drosser.
La carte! Les sondes des 10 premiers miles ne figurent pas. Mon père, à la barre, hurle les coordonnées GPS. Faire le point. C'est où la sortie!? Un autre cap, vite. A l'est, ça semble pire. Faire demi-tour. Le sondeur descend à 1,20m : vision de cauchemar. La mer est courte, hachée. Pando tombe lourdement dans chaque creux. Est-ce qu'on touche? Le moteur est à fond. Fuir, fuir ce trou à rat.
Quand, dix horribles minutes plus tard, le sondeur se décide à remonter, l'écume n'est plus que sur nos visages. Sentiment de revenir de loin.
Petit rappel océanique, façon... grande claque dans la gueule.
Quitter le "mode fluvial", et vite! Se "reconnecter". Scruter le ciel et déchiffrer l'horizon.
La nuit tombe, nous filons doucement. Nouilles chinoises. Mark Knopfler dans le cockpit. Demi-lune. Je fais le premier quart, jusqu'à 02h00. C'est peut-être ma dernière nuit en mer de l'année
: la savourer.
***
Quand mon père me réveille, l'aube pointe. Nous ne sommes plus très loin d'Ocean City.
Sans carte d'approche. Le stress revient. Peur des hauts-fonds. Aucun bateau dans le coin pour nous dire si la voie est libre. Je décroche la VHF et appelle les Coast Gard, sur le 16 :
- Good morning, sir. This is Pandorak, a french sailing boat. We want to enter Ocean City. Our position is 6 miles east of the red buoy R"4". We don't have the right chart. Could you tell us if there is any shoal on our way to the inlet?
- Sorry captain, but I can't give
you this information .
J'ai pas dû être clair... je recommence :
- Sir, we don't know the depths. We've just lost our chart (bon là j'invente). We just need this information. We've got a draft of 3 feet (ma voix se fait douce, presque suppliante) Thank you very much for helping us...
- Sorry Captain, I am not allowed
to give you this information.
Pour le coup, je suis scotché. Dois-je me mettre à genoux? Je suis en mer. Le type a le cul sur sa chaise, il connaît le coin et sait où on est. Il n'a qu'un mot à dire : SHOAL OU PAS.
Il ne le dira pas. Je retente. Peine perdue. C'est le coup de grâce. Et LE DEVOIR D'ASSISTANCE EN MER BORDEL?? L'ARTICLE 67-545 DU CODE PENAL??
Surtout, ne pas les haïr.
Tous ces connards en uniforme. Tous ces pauvres types inutiles, dans leur bureau climatisé, le colt en évidence. Et toutes leurs règles à la con... l'Amérique déborde de règles à la con. Ce pauvre type doit sans doute respecter une de ces règles... une règle inconnue des gens de mer, qui ont su en imposer une autre, au fil des siècles : la solidarité.
A QUOI SERT UN COAST GUARD US?
A garder la côte. Pas à dépanner un petit voilier jaune. N'oublions pas que l'USCG est la "première ligne de défense du pays". oulaa, ça rigole pas... une attaque des USA par la mer, évidemment...
Je suis pas prêt d'oublier la leçon. Les Coast Guards ne sont pas les gars du CROSS. Les sauveteurs US ne sont pas les bénévoles de la SNSM. Sans doute faudrait-il lâcher un paquet de dollars à un remorqueur pour obtenir ce genre d'informations?
Bon, y avait pas de shoals du tout. On y est allé tout doux, les yeux rivés sur le sondeur, et on est rentré sans problème. Que risquait-il à nous le dire?
Bon, là faut vraiment cliquer sur "play"...
Nous sommes le 17 mars, en rade de Mindelo, sur l’île de São Vincente au Cap-vert. Après Richard, c’est au tour de Tudor de renoncer.
Tout a commencé le 4ème jour de mer, au 22ème parallèle. Putain de parallèle.
Cela faisait 4 jours que nous étions partis de Las Palmas (Gran Canaria), pour cette fameuse traversée de l’Atlantique. Pour moi, c’était une revanche sur un fameux jour de juin 2007 où après 2 nuits en mer depuis Las Palmas, j’avais entendu, abasourdi, mon père déclarer que c’était une folie de vouloir traverser à deux, qu’il avait peur. Je l’avais porté à bout de bras dans ce projet : lui faire acheter un voilier, le préparer, atteindre les Canaries puis mettre le cap plein sud. Et l’impensable était survenu : un abandon, un demi-tour en pleine mer, alors que les côtes avaient déjà disparues et que les cales étaient pleines de bouffe pour 4 mois. De retour au port de Las Palmas, j’avais erré sur la plage, le cœur et la tête vides… et j’avais essayé d’imaginer ma vie ailleurs que sur l’eau. Essayé de trouver autre chose. Mais peut-on, à 30 ans, tirer un trait sur le grand rêve de l’adolescence ? La solution s’était brusquement imposée, avec la force d’une évidence : acheter au plus vite le voilier le moins cher que je pouvais trouver, le préparer… et revenir ici dans 1 ans. Et dépasser ce putain de 22ème parallèle.
Chaque nuit, la lune illumine notre sillage phosphorescent. A bord, les récits de
navigation circulent : Magellan, Vespucci, Colomb, Slocum, Le toumelin… Ce n’est plus de la nav hauturière, c’est un cadeau d’Éole. Horrible piquette espagnole pour mes 31 ans. Nous ne
pêchons rien mais Tudor nous mijote un cassoulet roumain. Une bonne brise nous pousse à 6 noeuds vers le Nouveau Monde.
Nous coupons le 22ème parallèle…
Le lendemain matin, Richard s’envole pour Paris. Ma nuit a été blanche. Mais la femme de Tudor a déjà réglé son billet d'avion... Je quitte Tudor avec émotion. Je suis face à moi-même. Seul au pied de l’océan. Seul comme jamais je ne l’ai été. Lâché.
J’essaye de débrancher mon cerveau. Mais les connexions résistent. Et les chiffres aussi. Ils sont impitoyables. 2000 miles nautiques. 3 semaines d’inconnu. Un bateau de 7,30 m à la flottaison. Je voudrais ne pas penser. Simplement agir. Faire l’avitaillement, récupérer les papiers du bateau à la douane, larguer les amarres, hisser la grande voile. Je suis paralysé.
Ainsi, je me retrouve seul… Ce n’était pourtant pas une mutinerie : seulement un abandon. Mon équipage avait juste renoncé. L’amitié n’avait pas suffit. Le coup porté est rude. Faire quoi ? Rentrer en Europe et chercher d’autres équipiers ? Reporter le départ, encore et toujours… « réfléchir » ?
Quand je fais les comptes, la liste des abandons s’allonge. Léo en 2006, mon père en 2007, Richard et Tudor aujourd’hui.
Je pense à mon fils, à Ellen à qui je n’ai pas osé avouer la situation. Ne pas faire de conneries. Je n’ai jamais navigué seul, ne serait-ce qu’une nuit.
Pourtant, il existe une solution.
Un truc que j’ai déjà fait, un matin de septembre 2000.
Le soleil est perfide. Je reprends des forces. Par éclairs, une pensée affolante me traverse. Je dois en être capable. Débranche, débranche.
Mercredi 18 mars 2009. 16h30. Je récupère les papiers du bateau à la douane.
Je n’ai qu’à imaginer que je ne suis pas seul. Comme le grand Joshua qui, dans les coups de torchon, abandonnait la barre au fantôme du capitaine de la Niña qui surgissait à l’improviste sur le pont.
Vent d’est 15 nœuds. Mer belle.
La gîte s’accentue. Aujourd’hui est le jour le plus fort de ma vie. La conscience de ce moment me coupe les jambes. Je ne marche plus, je rampe sur le pont. Ca y est, le plat-bord bâbord est dans l’eau. Je me fais brasser dans le chenal entre les deux îles. A partir de maintenant, plus personne ne viendra me sauver. Je serai ma bonne étoile.
Voilà à peine 20 minutes que je suis parti et la fatigue s’abat sur moi sans prévenir. Je paye les 2 dernières nuits blanches. Cap au 284 magnétique. Cap sur le Nouveau Monde. Je choisis Antigua. Le GPS affiche exactement 2000 nautiques ! 15 minutes plus tard, l’écran affiche 1998. Très bien. Je remonterai le temps. 1998, Toulouse…
19h00. Impossible de regarder devant moi. Je viens de réaliser que je naviguerai tous les soirs avec le soleil dans l’alignement de l’étrave, au 270. Le génois est comme incendié.
La nuit tombe, sans lune. Seules les lueurs de Santa Antao me parviennent encore, à l’est. Le vent monte. J’ai toujours toute la toile. Je sens Pando accélérer… 8 nœuds. Je pense être sorti de la zone d’influence des îles, la mer se creuse d’heures en heures. Que s’est-il passé ? Je ne comprends toujours pas. Je porte ma main à ma bouche, ensanglantée. Mes lunettes ont volé dans le cockpit, la lampe frontale a explosé, je ne vois rien. Le GPS portable a été éjecté. En bas, l’ordinateur portable s’est envolé de la table à cartes pour venir s’écraser sur le plancher. Que s’est-il passé ? J’avais enlevé le frein de bôme, et en me rasseyant, mon dos a touché l’écran du pilote auto. Le temps de tenter de le rallumer et la bôme prenait à contre, traversant tout le cockpit. Le palan de grand’voile qui s’abat sur ma tête. Cauchemar. Le bateau se cabre, surtoilé, part dans de grandes embardées dans la nuit noire. Je ne vois pas mes voiles mais je dois être au près, le vent apparent souffle brusquement en rafales, je regarde, hypnotisé, le bateau couché qui empanne coup sur coup. Fais quelque chose !! Comment réduire ? Je suis rivé à la barre, je sens le sang coaguler dans ma bouche. Je me suis fait baisé par l’effet Venturi de Santa Antao. Je comprends enfin. De NE, le vent est passé à W. J’aurais dû réduire bien avant. Prendre un ris n’attend pas. Impossible d’abandonner la barre au pilote, qui décroche systématiquement. Pourtant je dois aller en pied de mât réduire la toile. Une autre paire de mains !! Le génois menace de se déchirer à chaque instant, entortillé contre l’étai, et refuse de s’enrouler. Je cherche toujours désespérément mon cap. J’aperçois soudain la lueur blafarde de Santa Antao. Au bout de l’étrave. Cette lueur, c’est la terre, le refuge, les hommes. Revenir. Faire demi-tour. C’était une erreur, une folie. J’ai cru en être capable. Agir, agis, fais quelque chose, concentration, putain!! D’abord ligoter le génois qui fait un bruit d’enfer. Je rampe jusqu’à l’étrave, impossible de l’enrouler. Affaler ? Je ne me vois pas lutter pour faire rentrer ce taureau dans son sac. Je largue l’écoute en grand. Je ficelle le reste de la voile comme un gigot contre l’étai, avec la contre-écoute. Pas de génois pour cette nuit. Pas la force. La GV maintenant. Mes doigts s’arrachent en pesant de toutes mes forces sur la grand’voile, qui porte sur les bas-haubans et refuse de descendre, bloquée par les lattes coincées dans les lazy-jacks. Je me pends littéralement à la voile. Le lazy tribord se déchire d’un coup. Un coulisseau de GV s’arrache. Comment venir bout au vent, seul??
Le bateau avance maintenant avec 2 ris dans la GV, sans génois. Mauvais équilibre mais le pilote fait ce qu’il peut. Je déplace le chariot sous le vent. La voile soulage un peu. Je remets le frein de bôme. Ne plus jamais l’enlever !
L’Atlantique a enfin montré son vrai visage, dès le premier jour. Je n’ai pas fait demi-tour et je me suis haï pour ça. J’ai entendu mon père éructer : « Le con ! Mais le con ! ». Je ne comprend plus ce que je fais là.
***
Le coup de vent est tombé. Le vent est repassé NE. Coup d’œil au GPS : 1918. L’armistice ?
Au matin, la grosse houle a diminué. Le soleil me redonne des forces. Le câble en inox des filières a cédé cette nuit, brisé net au niveau du sertissage. Ces même filières sur lesquelles je m’appuyais avec confiance pour admirer les dauphins… Le génois, en frappant sur le mât, a cassé le feu de pont. Le bateau est maintenant sous-toilé mais je laisse courir. Je m’allonge dans le cockpit. J’ai compris la première règle du navigateur solitaire : naviguer sous-toilé. Je ne me laisserai plus jamais surprendre.
Voilà 2 jours que je n’ai pas mis le pied sur le pont. Cloîtré sous la capote du cockpit, je pense d’abord que c’est pour me protéger du soleil. Je finis par comprendre que je fuis l’omniprésence visuelle de l’océan. Je m’interdis de regarder la situation en face, ce point minuscule que je dois être sur l’océan. Des images de chutes à la mer me hantent. Manie nouvelle : je soulève plusieurs fois par jour la trappe d’accès aux fonds, histoire de m’assurer que je ne coule pas. Le clapotis de la mer contre le bordé est trompeur. L’eau qui tape dans le puit de dérive se mue parfois en une trombe d’eau qui semble s’engouffrer sous mes pieds.
Je lis « naufragé volontaire » de Bombard et y puise de la force. Lui a traversé en 1952, sans eau ni bouffe ! Son voyage était à l’origine prévu avec un ami, qui se dérobe avant le départ… j’admire son courage.
Bruissement de Pando, qui file à 7 nœuds dans le grand tunnel de la nuit. Eau qui chante sur la carène. Yeux rivés sur la voûte céleste à travers le hublot faïencé du roof.
Aucune terre, aucun bateau, et pourtant l’angoisse constante du choc qui viendrait mettre un terme à cette chevauchée surréaliste sous les étoiles. Toutes les 30 minutes, je sors ma tête sur le pont, parcours rapidement l’horizon des yeux avant de retrouver ma couchette où j’attends, les yeux grand ouverts, à l’affût du grincement nouveau, du cliquetis dans le gréement, du choc, de la casse, l’avarie.
Ai-je eu tort de laisser le tangon en place ? J’espère ne pas avoir à l’enlever en pleine nuit. Mais il apporte une précieuse stabilité à la voile. Nous filons à 7 nœuds. Avancer vite. La vision de toute cette eau à courir sur la carte est désespérante.
L’AIS sonne par 2 fois cette nuit. La 2ème fois, à 5h30, je suis en route de collision avec Great Challenger, un porte-container de 290 m filant ses 12 noeuds, en route vers Rotterdam. En plein sur mon travers. Réveillé en sursaut par l’alarme, l'esprit embué, j’ai du mal à prendre une décision. Passera-t-y devant ou derrière ? Accélérer ou ralentir ? Le jeu du chat et de la souris commence. Il me semble préférable d’accélérer. Mais il risque de me frôler le cul. Je démarre le moteur. Nous gagnons un nœud. Me voit-il ? J’allume les feux de pont, éclairant le génois, qui fait une belle tâche blanche dans la nuit. Petit coup de speed : j'arrache le combiné de la VHF. « Pandorak for Great Challenger… » Il m’a vu. Je passe devant, on se calme.
Grosses rafales cette nuit. Pourvu que le pilote ne décroche pas. Pando fait des pointes à 8 nœuds, avec 1 ris dans la GV et 5 tours dans le génois. Depuis ma blessure du premier jour, j’ai réalisé la difficulté de prendre un ris au portant quand il est déjà trop tard. Toujours réduire tôt. Ne pas se laisser griser par la vitesse.
***
Une espèce de routine océanique s’installe. Je lis beaucoup. Pourtant, la nuit, ma situation me revient parfois violemment à l’esprit : je suis seul, au milieu de l’Atlantique. Ce n’est pas un récit de voyage. Il me faut alors rouvrir les yeux, allumer la frontale, contrôler d’un coup d’œil la bonne marche du bateau, l’absence d’eau dans les fonds et la présence rassurante du mât au dessus de ma tête.
Lorsque, allongé sur ma couchette, j’entends le génois taper sur les haubans, je pense immédiatement : « mais qu’est-ce qu’ils foutent, ils peuvent pas l’étarquer? » avant de réaliser qu’ils n’y a pas de « ils ». Il n’y a vraiment que moi. Si je n’arrête pas ce cliquetis, je vais l’entendre pendant des semaines. Je suis surpris de constater à quel point j’oublie parfois ce « détail » : quand j’écris ce journal de bord sur la table du carré, j’ai inconsciemment à l’esprit que « quelqu’un » fait la veille à ma place, sur le pont. Est-ce ma cervelle qui me joue des tours ? Une façon de me forcer à relâcher ?
24 mars. Rafales et pluie toute le nuit. Je me félicite d’avoir sous-toilé le bateau. Prendre un ris dans ces conditions aurait été scabreux. A l’arrivée du grain, que je ne peux pas prévoir faute de radar, le vent monte par rafales et saute de NE à N : le bateau passe alors du grand largue au travers, ce qui accentue la gîte. Dans ma couchette, je ressens alors l'accélération du bateau et dois m’agripper pour ne pas finir sur le plancher. Bientôt, le vent tombe brusquement et Pando se ballote alors sur une mer hachée, désordonnée. Mais ce n’est pas encore fini. Le vent revient alors, souvent avec de la pluie, plus fort.
Je commence à franchir un cap psychologique, je m’en rends compte chaque matin, ma présence sur l’océan m’apparaît de moins en moins comme anormale. Après 7 jours de mer en solitaire (mais les jours veulent-ils encore dire quelque chose ici ?) je sens que le gros de mes peurs est derrière moi.
J’évolue mieux avec le vent, j’observe plus le ciel, le matériel, les voiles. Je m’adapte. Joie de se sentir connecté.
10ème nuit. L’AIS sonne. SOG : 16. TCPA : 18. CPA : 0,1. Dans 18 minutes, un navire filant à 16 noeuds va passer à 0,1 milles de mes fesses, soit 180 mètres. Et le navire en question fait 240m. Et son cap oscille de 2 degrés...
Pour le coup, je suis vraiment perplexe. Coup d’œil sur l’horizon. Quoi, cette petite lumière blafarde, à 5 milles (9 km) sur bâbord serait vraiment en parfaite route de collision avec moi ? Je choque les écoutes et attends. Le navire arrive et passe à 100 m. Je suis encore incrédule. Ainsi donc, si mon AIS avait été défectueux (très possible après tout, l’écran m’a lâché au départ du Cap-Vert mais l’alarme fonctionne toujours) je serais bel et bien mort, stupidement, après avoir croisé en tout et pour tout 3 navires en 10 jours… Quelle mort cruelle, après cette journée ensoleillée, mer calme, une journée de pêche et de musique, et la nuit, au milieu du désert océanique, la mort.
Le matin, mon ordinateur rend l’âme, sans prévenir. Le disque dur m’a lâché. Le vol plané du premier jour. C’est un putain de coup dur. Je ne peux plus recevoir mes précieux fichiers GRIB pour la météo, visualiser les cartes C-MAP ni recevoir ou envoyer des mails.
L’après-midi, je décide de lancer le moteur pour recharger les batteries. Contact. Embrayage. Je ne ressens pas d’accélération. Coup d’œil au GPS. 2 nœuds. Petit vent de panique à bord. Mon embrayage vient de me lâcher. Plus de PC, de spi ni de moteur à bord et je suis encore à 1000 nautiques (1800 km) des Antilles. Comment venir bout au vent pour hisser la grande voile ? Entrer dans un port ?
Hauban, drisse, spi, moteur, filières, GPS, feu de pont, PC, coulisseaux de grande voile… dans quel état vais-je arriver de l’autre côté ?
I will go down with this ship...
And I won't put my hands up and surrender...
There will be no white flag above my door...
Préparer la première bosse. Larguer 1,5m de drisse de GV puis bloquer. Foncer en rampant au pied du mât. S’arracher les doigts en amenant la toile jusqu’à l’œillet du 1er ris. Le crocheter. Revenir au cockpit. Reprendre la drisse de GV. Border la bosse. Reprendre du hâle-bas. Larguer un peu de balancine. Reprendre le cap. Border le génois à plat. Augmenter la sensibilité de barre du pilote. Je crois que je n’ai jamais fait une manœuvre aussi rapide.
Bien sûr, ce n’est pas la Seine…
Ce n’est pas le bois de Vincennes…
Mais c’est bien joli tout de même…
Les vagues secouent Pando comme une brindille, malgré sa vitesse. Je sors la tête du carré et contemple le spectacle. Si je ne vois rien, le bruit et les secousses sont parlantes.
Pando est correctement réglé... alors pourquoi ce nœud dans l’estomac à chaque vague qui frappe comme un boxeur qui voudrait m’abattre ?
Parce que c’est la nuit. Que ça cogne, que ça souffle, et que je suis seul au milieu de l’océan. C’est tout. Est-ce qu’on peut s’habituer à ça ? Voilà où j’en suis encore après deux semaines en solitaire.
C’est surtout le fait de ne rien voir, de subir cette mer sans pouvoir la regarder, pour la parer, l’éviter. Tout mais pas subir. Le bateau est lancé comme une flèche dans un tunnel truffé d’obstacles que je ne vois pas. C'est la grande foire aux fantasmes. Mât qui flambe et s’abat sur le pont, porte-conteneurs qui broie. Impossible de dormir. Je sais pourtant que si la lune pouvait se lever, la mer perdrait immédiatement son aspect de champs de mines.
Quitter le bateau. "L'hypothèse d'école". Mes pensées reviennent toujours à ça. D’abord le choc ; Ensuite le bruit de l’eau qui s’engouffre. Et puis ce n’est plus un bruit mais un liquide froid qui monte inexorablement et soulève les planchers. Un bateau du poids et de la taille de Pando peut couler en 2 minutes. Prendre le radeau de survie, le hisser sur le pont (30 kg), l’ouvrir, rassembler le matos de sécu et se jeter à l’eau ? Tout ce beau scénario me semble absolument utopique. D’abord, la peur qui paralyse et consume les premières secondes, ces secondent inestimables qu’on ne rattrape plus. Ensuite, les gestes, forcément maladroits, car jamais exercés.
La journée du lendemain est mauvaise. La routine océanique, ce bel équilibre des derniers jours, est rompue. Je rêve d’arriver, une envie à hurler. Je ne supporte plus de me faire branler dans tous les sens, de ne pouvoir faire 1m sans devoir m’agripper pour ne pas tomber, ne pas dormir, marre du bruit permanent du vent dans le gréement.
La peur s’est à nouveau invitée à bord. Psychiquement, le moteur et le hauban défectueux m’obsèdent. Le temps est couvert, les grains éclatent de partout. Je ne me pose plus la question d’enlever le deuxième ris…
15ème jour. Grain et pluie toute la journée. La nuit, le vent tombe définitivement. Pétole à moins de 500 milles de Saint Martin, c’est dur à avaler. Je n’ai ni spi ni moteur pour me déhaler. Pandorak bouchonne sur une mer plate. Quelle misère… mes moyennes sur 24h sont en chute libre : de 140 milles au départ musclé du Cap-Vert, elles sont passées à 80. Le test final ? Ou est-ce que d’autres épreuves m’attendent encore ?
3h30 du matin. Affalé. Hissé. Reaffalé. Rehissé. Ca se lève pas. Je ne supporte plus mon
statut de bouchon sur l’océan. Je demande juste 3 nœuds de vent pour avancer !! Je me console en ouvrant une bouteille de vino verde du Cap-Vert. Ca fait pas venir le vent mais ça fait du
bien.
Et pourtant... si j’arrêtais de penser à arriver. De quoi est-ce que je me plains ? Je suis seul sur l’océan. La mer est enfin plate. Le temps est doux. La houle amicale. Je pourrais cracher tout mes poumons que ça ne dérangerait personne. J’ai à boire et du poisson frais tous les jours. La lune éclaire mes nuits. J’ai 2 mois et demi de musique en MP3. Fuir ce moment ? Il faudrait apprendre à vivre comme Moitessier à bord de Joshua, qui partait juste pour vivre la mer, pas pour atterrir quelque part. Putain, j’en suis pas là. Toujours en sursit. Peut-être dans 10 ans...
Est-ce parce que Pandorak s’est remis à filer ? Ou parce que je ressens que je commence à « sentir » mon bateau sur le bout des ongles ? Le fait est que je suis étrangement serein, à ma place aux commandes de cette étrange machine, fruit du génie des hommes et qui réagit, tel un animal, au moindre souffle du vent. Seul maître à bord après Dieu...
6 avril 2009 : Barbuda doit être à 30 NM sur bâbord maintenant. Je ne vois encore rien.
TERRE ! Le cri est parti tout seul. A 17h40 heure locale, j’aperçois Saint Barth au 263. Je suis sur le pont. La nuit tombe.
J’avais toujours imaginé l’atterrissage de jour, eau turquoise et soleil au zénith, mais le
hasard veut que le Nouveau Monde m’accueille de nuit, sous la lumière de la lune, pleine pour l’occasion. C’est peut-être mieux ainsi.
Progressivement, l’ouest se couvre de petites taches de lumières. Je les laisse grossir sereinement. La houle a entièrement disparue. Pandorak glisse en silence, voiles en ciseaux. Comment décrire la vision de ces lueurs citadines sous la pleine lune ? Elles me renvoient à celles de Santo Antao, la première nuit, alors que j’aurais dû faire demi-tour. J’allume mon téléphone. Du réseau. Bienvenu chez Orange. Dans quelques heures, je jetterai ma pioche en mer des Caraïbes. Rideau. Coup d’oeil au loch : 3269 miles depuis les Canaries. Parti le 7 mars, arrivé le 7 avril. J’ai le sentiment qu’une année s’est écoulée, Mindelo me semble si loin.
La terre... mettre un peu d’ordre dans le cockpit. Relever la ligne de pêche. Préparer les pare-bat. L’ancre dans la baille à mouillage. Va falloir tout faire à la voile, sans moteur.
Playlist de cette arrivée :
Help is coming – Ayo
Sailing to Philadelphia – Mark knopfler
Saudade – Cesaria Evora
Jagged little pill – Alanis Morissette
J’y suis presque. Arrivée prévue dans deux heures. J’ai fait passer ce petit bateau, qui n’avait jamais quitté la Hollande, de l’autre côté. Un nouveau bassin de navigation, gigantesque, s’offre à mon étrave.
7 mars 2009 : nous larguons les amarres.
Dernier article du blog avant un mois...
La flamme rouge indiquera notre position, actualisée quotidiennement.
Voilà 6 mois que cette question me taraudait. Traverser… avec qui ?
Richard, en plein boulot, avait d’abord décliné mon « offre » : échanger son PC contre 30 jours de désert océanique, de roulis, de sel, de fatigue. Zéro escales, zéro rencontres. Des clients perdus… Encore un plan à la walou de Fab.
A trois semaines du départ, alors que je me prépare mentalement à une traversée en solo, je reçois un mail de Tudor.
[ PS : Nous
avions rencontré Tudor à Sulina, dernier village roumain avant la Mer Noire, terminus de notre voyage fluvial de 2004.
Flic francophile, amateur de Baudelaire, fin pêcheur et « découpeur d’épaves » (dont il revendait l’acier au poids) à ses heures perdues, Tudor avait appris le français en regardant TV5 ( ?!).
Tudor et sa fille
dans le carré de Pandora
Son intelligence et sa débrouillardise toute roumaine avaient eu raison de tous les obstacles techniques et administratifs pour mener à bien cette mission totalement ubuesque : hisser les 7 tonnes de Pandora avec une grue capable d’en soulever la moitié, avant de le découper en rondelles pour le faire rentrer de force dans un camion trop petit, depuis le delta du Danube, direction Amsterdam… ]
Tud et Rick, « grutage » épique de Pando,
novembre 2004
Tudor avait été une vraie rencontre providentielle, en permettant à notre chère péniche de ne pas finir sa vie au fond du
Danube. Depuis 5 ans, nous sommes en contact par mails.
Début février, donc, je reçois un mail :
Mail de Tudor à Fabrice, 31 janvier 2009
(…)Traverser l’ocean…..I’m your man. Voila quelque chose de nouveau…
Mail de Fabrice à Tudor, 1er février 2009
(…) réfléchis bien : au minimum 30 jours de mer... solitude absolue... fatigue... chaleur... des pâtes et du riz... des porte-conteneurs à éviter...!
Mail de Tudor à Fabrice, 2 Février 2009
(…) Mon ami, j'ai fait quatre années d'école militaire. Je suis bien éduqué pour manger même des pierres si t'es capable de les trouver au milieu de l'océan. Et après les avoir mangées, je peux discuter des heures sur leur saveur, sur leur texture et sur leurs qualités nutritives.
J'attends tes informations pour interrompre mes relations avec la police roumaine. Il y a quelques formalités à faire et ça demande du temps.
Mail de Fabrice à Richard, 3 février 2009 :
Rik,
Tudor semble partant pour une transat… Ca ferait « de la Mer Noire à l'Atlantique » ou « de Sulina à
Miami », la Mémoire du Fleuve, tome 2. Que dirais-tu d'une traversée version 3 mousquetaires avec un fin pêcheur à bord?
Mail de Richard à Fabrice, 3 février 2009
Ahah, sacré Tudor,
Je vais y réfléchir sérieusement
Rik
Mail de Tudor à Fabrice, 8 Février 2009
C'est le jour où ma femme a découvert mon intention de partir avec toi.
La révolution communiste, c'est le jardin d'enfants en comparaison avec ce qui s’est passé chez moi.
J’ai découvert que j'étais un mari irresponsable, un père inqualifiable, un égoïste, une canaille...
J’ai essayé, timide, de lui dire que 4-6 semaines sans un tel homme seraient un paradis.
Very wrong mouve!
Toute la maison me regarde avec opprobre.
Ma femme, ma fille, son chat aussi....
Mais je résiste. Nous partons en mars.
Mail de Richard à Fabrice, 10 février 2009
Tudor a l’air motivé ;)
Moi je suis toujours dans ma recherche de sens de la life / boulot
Serais-je parvenu à l’âge limite où on ne fait plus de petite folie ?
Mail de Fabrice à Richard, 10 Février 2009
Rik,
Il est temps que je m'occupe de mon billet pour les canaries. Je vais fixer une date avec Tud. Il nous faut environ 3-4 jours pour préparer le bateau et faire l'avitaillement. Je pense au 6 mars.
Tu me files une réponse avant ton départ en Inde. Ca roule?
Mail de Richard à Fabrice du 10 février 2009
Of course
Donc 5/6 mars départ du bateau ? Je pars le 18 février et rentre le 3 mars à 6h du matin.
Mail de Fabrice à Tudor, 12 février 2009
Richard réfléchit à venir aussi. Il part en Inde et rentrera le 3 mars. J’attends sa réponse définitive. Qu’en dirais-tu ?
Mail de Tudor à Fabrice, 12 février 209
Un ménage a trois!!!!! J’étais très jeune quand je rêvais de ça.....
C’est parfait pour moi!
Je pense que mon laptop est inutile à bord mais je peux prendre quelques livres. Pour le reste, quelques vêtements bien recyclables.... mais je pense que le problème, c’est moi : je fais près de cent kilos! Il faut prendre Richard aussi.... pour l'équilibre du bateau... moi dans un bord et vous dans l'autre... je veux pas traverser l'océan à toujours calculer le centre de poids...
Une semaine plus tard, je reçois la réponse de Rick :
Mail de Richard du 17 février 2009
Objet : C'est pas l'homme qui prend la mer...
C’est Richard qui prend la mer !
Mais uniquement (oui, j’ai le droit d’être chiant
) si :
- On est 3 à bord (des nouvelles de Tudor ?) parce que les quarts à 2 pendant 1 mois…
- On emmène 1 banane pour me tenir compagnie le premier jour de mer
- Si je peux te laisser à Nassau ou Miami si le temps presse (style si on dépasse 30 jours de mer une fois arrivés à Nassau, je crois que je sauterai dans le premier avion !)
- Si tu me précises la date de départ du bateau pour que je book mon vol !
Richard
... puis deux
belles couches de laque polyuréthane bi-composant
Merci à Nicole Carmagnac pour les photos
- C'est quoi la barre en face?
- …ben, ca peut que être la terre.
- Y a des îles en face du Tage ?
Coup d’œil sur la carte. Rien, évidemment. Pourtant, un mur noir barre l’horizon à l’ouest.
A ce moment-là, je suis toujours torse nu, en short et sandales dans le cockpit. Adieu Lisboa… Pando se déhale lentement en s’éloignant de l’estuaire du fleuve. 1 minute plus tard, le vent monte brusquement d’un cran. Trois tours dans le génois. Le temps d’aller au pied du mât prendre le premier ris, une première vague me fouette sans crier gare. La gite s’accentue. Nos regards se croisent.
- On prend le deuxième ?
Pas le temps d’enfiler un ciré : nouvelle manœuvre. Bateau au bon plein, la gite ne diminue toujours pas. 30 secondes plus tard, un mouchoir en guise de foc, je me félicite d’avoir fait installer un 3ème ris, que je prend sans plus hésiter, trempé jusqu'au os.
Ce n’est qu’à ce moment qu’une lumière s’allume dans nos cerveaux rendus mous par l’escale portugaise. Le mur de tout à l’heure… un grain !
La traversée Lisbonne-Madère commence dans des conditions musclées. Trois heures plus tard, le vent redevient nord-est, la nuit
tombe et nous filons au portant, cap au 225.
5 jours et 550 miles plus tard, les falaises tourmentées de Porto Santo se profilent à l'étrave.
Nous arrivons à Funchal le jour de l'anniversaire des 500 ans de la ville.
Souvenirs de navigateurs de passage
Plus proche de l'Afrique (700 km) que de l'Europe (1000 km), L'Union Africaine définit Madère comme un « territoire africain occupé par une puissance coloniale »...
Hormis son climat subtropical et sa végétation luxuriante, la particularité de Madère réside surtout dans ses "Levadas", un système d'irrigation unique au monde, constitué de près de 1.400 km d'étroits canaux, creusés à la main, sur une île de seulement 60km de long!
Levadas
Traversée idylique vers La Palma, aux Canaries, en 3 jours et 2 nuits
A droite, la route parcourue à bord d'Unimak. A gauche, celle de Pandorak. Point de rencontre : Las Palmas de Gran Canaria!
Un an après, je suis donc de retour aux Canaries, sur mon propre voilier. C'est là que tout c'était arrêté avec Unimak, c'est d'ici que tout commencera avec Pando!
Départ prévu : mars 2009. D'ici là, quelques détails à régler...
Une fois le Cabo Finisterre passé, les cirés sont remisés au placard : adieu dépressions du sud-ouest, nous naviguons dorénavant au portant, idéalement propulsés par ces alizés portugais qui soufflent de secteur nord, de 15 à 20 nœuds le long des côtes déchiquetées de Galice.
20h03 TU : Prise du bulletin de Météo marine de RFI sur BLU
Bayona restera une escale de toute beauté. C’est ici que débarqua Colomb en 1493, de retour du Nouveau Monde.
Le rio Minho marque la frontière portugaise ; après une escale à Figueira da Foz, les conditions météo sont telles que nous renonçons à
Porto et décidons de filer directement sur…Lisboa.
C’était sans compter sur les casiers de pêcheurs que nos safrans collectionnent régulièrement. La côte portugaise est un vrai champ de mine, tapissée de filets non éclairés, jusqu’à une vingtaine
de mille de la côte.
Au fond : les Iles Cies
La veille de notre arrivée à Lisbonne, la vitesse du bateau chute brusquement : 5 nœuds, 4, 3, 2, 1…zéro, voiles gonflés (??)… stoppé net ! Je dois me jeter à l’eau, en pleine nuit et dans la houle glaciale de l’atlantique, pour trancher un gros filet pris dans les safrans.
Quand l’aube se lève, le delta du Tage est en vue.
3 Mâts brésilien
Au fond, le Ponte 25 de abril (1974 : révolution des oeillets), sur le Tage
La Torre de Belem (1515) qui surveille l'entrée du fleuve, me rappelle le château de Pfalzgrafenstein sur le Rhin romantique
Le vieux quartier historique d'Alfama
La proue du
« Padrão dos Descobrimentos », nous salue : le Monument des Découvertes, qui rend hommage à 33 illustres « découvreurs » portugais.…
A l’étrave : le prince Henri le navigateur, le premier qui va lancer le Portugal sur les routes des mers, à bord des Caravelles qu'il met au point (mais sans jamais naviguer...) afin de chercher une voie maritime le long de l’Afrique vers les Indes. A ses côtés, Vasco de Gama (Inde), Bartlemeu Dias (Bonne-Espérance), Denis Dias (Cap-Vert, Sénégal), Tristao (Guinée), Cabral (Brésil), Corte Real (Terre-Neuve), Gonlçavez (franchit l'équateur), Fernandes (Groenland), Magellan (premier TDM), … euh les gars, vous en laisserez un peu pour Pando?
Nous débarquons à Lisbonne le jour de la fête de San Antonio, le patron de la ville, qui se transforme à cette occasion en un énorme barbecue à ciel ouvert ; dans chaque rue, ruelle, impasse… des barbecues, sardines et saucisses, ambiance villageoise d’un autre temps.
Le vieux tram
Concert de Fado dans le vieux quartier d’Alfama
Rive gauche du Tage
Pour notre première traversée à bord de Pandorak, Björn débarque de Cologne pour nous
prêter main forte.
Une fenêtre météo se dessine pour le lendemain, il ne s’agit pas de la rater.
Au prix de longues tractations avec les voleurs de l’exécrable port du Moulin Blanc, le bateau est remis à l’eau.
Le temps de remonter les
safrans, de faire les pleins d’eau et de fuel, de remplir chaque recoin du bateau de canettes de bière Lidl (présence allemande oblige) et nous débouquons la rade de Brest, cap au 210, 330 milles
devant l’étrave, cap sur… l’Espagne.
3 heures du matin. La soudure du support du pilote auto casse net, suivi par une violente embardée, la bôme qui traverse le
cockpit, GV à contre et le bateau qui empanne coup sur coup. Il faut barrer, ce qui s’avère ardu, au grand largue et par cette nuit sans lune.
Quelques minutes plus tard, loi de Murphy oblige, le moteur s’arrête brusquement. Petit vent de panique à bord, je refuse cependant de dérouter Pandorak. 3 heures de travail acharné plus tard, tout rentre dans l’ordre, grâce à un outil providentiel, un Dremel acheté avant le départ et qui me permet de faire une entaille dans la tige de 3 mm d’inox, impossible à forer.
Une respiration sur tribord, un aileron qui émerge à 2 mètres du bordé et nous courons comme des gosses à l’étrave : dauphins !
S'agit-il de la même famille ? Pendant 2 jours, cinq dauphins nous accompagnerons fidèlement, disparaissant puis
reparaissant, de jour comme de nuit, pour de longues minutes de jeu à l’avant du bateau.
Pando est tellement bas sur l’eau qu’il est presque possible de toucher leur aileron. D’un mouvement du tronc, leur corps bascule sur le côté, un œil curieux apparaît : ils nous regardent, semblent « répondre » à nos cris par des sauts. Rencontre magique, toujours.
Le deuxième jour, à 150 miles de toutes terres, autre rencontre : un oiseau minuscule atterrit sur le pont. Depuis combien de temps dure sa dérive sur l’océan ? Perdu, épuisé, il n’a plus peur des hommes et vient trouver refuge dans le carré. Son pépiement nous accompagne plusieurs heures. Impossible de le nourrir. Le lendemain, nous le retrouvons étendu mort sur une couchette, et jetons son corps frêle à la mer.
Au matin du troisième jour, le vent est franchement sud-ouest, nous n’avançons qu’à 2,8 nœuds au moteur. Le baromètre qui commence à descendre nous convainc de modifier notre cap pour pouvoir rester sous voiles et atteindre plus rapidement la côte espagnole : cap sur la ria de Viveiros, à 30 miles à l’est de la Corogne.
Terre en vue… à un
demi-mile de la côte, un violent parfum nous fouette les narines : après le désert olfactif de la mer, nous retrouvons l’humus, la forêt… les yeux fermés, on se croirait dans les
Alpes !
Notre premier aperçu de la Galice est loin de la Costa : une côte peu bétonnée, des falaises de montagnes moyennes, couvertes de sapins.
Première nuit en mer. Nous avons laissé derrière nous Calais, une ville sans âme, et quitté sans déplaisir le trafic intense des rails de cargos vers l'Angleterre, si proche, dont nous apercevrons la côte en doublant les deux caps du boulonnais : Blanc Nez et Gris Nez. La Côte d'Opale étire son long cordon de plages monotones, qui laissera bientôt place aux belles falaises blanches du Pays de Caux.
Partis avec la
marée du soir de Boulogne, avec un vent contraire, nous avions d'abord visé Etaples. D'heures en heures, le vent adonne, devient favorable, nous avançons maintenant au bon plein. J'adapte les
voiles, mets le cap sur la baie de Somme avant de replonger dans les éternels calculs de marée, qui m’absorberont toute la nuit.
Car depuis peu, naviguer est devenu un véritable casse-tête, bien loin de nos navigations méditerranéennes… Je respecterai dorénavant les pilots charts et les statistiques : en avril, cap sur le Danemark mais certainement pas sur Brest !
Chaque nouvelle étape est précédée par de longues heures de travail sur les courants de marée, que nous devons utiliser pour contrer cet implacable vent de sud-ouest qui ne nous lâchera pas un seul jour jusqu'à Brest. Quelque part entre St Valéry et Fécamp, nous toucherons du doigt le sens originel de l'expression « contre vents et marées » : il faut avoir été sur un petit bateau qui recule pour comprendre !
La longue et lente descente depuis Amsterdam, contre les vents, est derrière nous ; j’ai la conviction que cette navigation laborieuse, studieuse même, sera indispensable pour la suite, qu’elle nous a obligé à intégrer les subtilités des phénomènes de marées, de courants, et a appréhender la voile sur un petit bateau. Ce fut également une navigation où le bricolage fut quotidien : 2 sorties de l’eau, dépose des safrans, installation VHF, feux de mat, AIS, pilote auto, sondeur, etc, etc… Bon, Pandorak n’a encore ni ancre ni compas, mais j’y pense !
Les dépressions des deux dernières semaines sont enfin derrières nous et les ponts acceptent à nouveau de s'ouvrir... nous
attendons la nuit que le pont ferroviaire de Gouda veuille bien nous laisser passer. Le lendemain, 20 miles aidés par un petit bout de génois, un dernier pont à passer et nous voilà au coeur de la
vieille ville de Doordrecht. Demain 30 ans...
Au menu de mes 30 ans : Champagne, Gouda aux truffes (une tuerie)
avec moutarde aux figues et à l'aneth, une bonne dizaine de harengs frais en salade, et une boule au Cointreau en
dessert. Ca console!
29 février 2008, 12 :
46
4 ans ont passé depuis notre départ sur les fleuves et pour rien au monde j'aurais voulu vivre ce départ en solitaire.
3 jours de retrouvailles : un canal, du vent, une amitié indéfectible, la pluie, un esprit en errance, une rive qui défile, une course qui s'arrête, un voyage qui commence, du temps, du
temps, du temps...
Escale à Gouda
"Dans un voyage, le plus long est d'arriver jusqu'à la porte" (Varron)
Mais alors, pas du tout. Ce mardi 26 février, je me réveille en pleine nuit et réalise que le départ est pour… dans 3 jours. Ca peut surprendre, mais les personnes qui me connaissent sont
familières de mon éternelle ritournelle : « Euh… on est quel jour aujourd’hui ? ». En pilotage automatique depuis un bon moment, j’ai, comme à mon habitude, « oublié »
les dates. Seulement voilà : j’ai toujours pas trouvé le temps de sortir le bateau de l’eau, de faire les travaux de chaudronnerie qui s’imposent, d’installer un sondeur, un guindeau, des
toilettes, et une foule d’autres choses d’importance variable.
La sagesse serait de reporter le départ de deux bons mois. Sauf que la date du 29 février est fixée depuis un moment et surtout que Richard et Delphine me font la joie de venir nous accompagner
pour le départ sur les canaux.Et puis cette date limite a quand même eu une vertu : le rythme des travaux a été boosté : des 7 mois de chantier, février fut de loin le mois le plus
intense ; j’estime que le minimum syndical a été réalisé (gréement, moteur, isolation, électricité, plomberie) mais la liste est encore longue.
Alors ? Un bon tiers de l’espace de stockage du bateau est sacrifié aux outils embarqués et je me rassure avec
la vague idée de « continuer en route »… « au soleil ».
Pourquoi tant de hâte ? Reporter une date inscrite comme « officielle » (dans mon crane) serait dangereux. Je ressens trop la fragilité d’un projet construit à la seule force
d’une « vieille envie profonde », accompli en solo en un hiver, et dans laquelle toutes mes (maigres) économies ont été englouties. En deux mots, appelons ça la « peur de jamais
décoller ».
Cale technique avant...
et après.
7 mois se sont écoulés depuis l’achat de Pandorak et je n’ai toujours pas eu le temps d’effectuer une seule sortie en mer, voire de passer une nuit à bord ou même de me faire un thé. Voilà la
réalité du « bateau à retaper » : un puits sans fond dans lequel le temps ne se chiffre plus en heures de travail mais en années.
Au début de tout projet de ce type, la sagesse serait de chiffrer avec minutie le budget et le temps de travail estimés, avant… de multiplier ces chiffres par deux.
La méthode alternative, que j’applique, est de se fixer « LA » date, forcément stressante, à laquelle les amarres doivent impérativement être larguées. Une méthode qui a pour seul
mérite de pousser à aller à l’Essentiel. Le reste est du bricolage – toujours plus inconfortable et compliqué- en cours de route. Mais la différence est là : on est en route.
Je suis récemment tombé sur un blog dont l’en-tête m’a laissé songeur : ça disait un truc comme : « blog d’un couple de retraités qui envisagent, d’ici 5 ans, de retaper un bateau
de 15-17 m dans le but de faire un tour du monde ». Tout, dans ce « programme », relève à mes yeux du fantasme le plus viscéral : la démesure du bateau pour deux personnes
âgées, la somme de travail et les fonds à engager, et le pompon : griller 5 années précieuses de sa retraite à gratter une coque trop grande au lieu de partir, immédiatement, sur du neuf,
mais plus petit !
Elly confectionne la literie
Ellen teste le résultat...
Je réalise combien, dans l’inconscient des prétendants au grand départ de notre époque, prendre la mer ne peut être un choix simple et immédiat. Le confort exigé à bord, sous le prétexte souvent
fallacieux de SECURITE, et pour lequel on est prêt à sacrifier des années de travail et d’argent, n’est qu’une façon inavouée de reculer devant l’obstacle. « Je peux pas partir cette
année : le bateau est pas prêt (comprendre : le frigo est en panne…)». Je précise que je n’échappe pas à la règle mais que j’ai heureusement quatre alliés de
taille :
1) Une vieille
envie profonde (vingtaine d’années de rêve)
2) Un compte en banque à zéro (un point qui pousse
plutôt à partir : je peux de toute façon rien payer de plus)
3) L’expérience de Pandora et d’Unimak (pour lesquels j’ai naïvement cru qu’ils seraient les « bateaux de ma vie » et dans lesquels la somme d’énergie successivement engagée m’apparait aujourd’hui comme parfaitement surréaliste)
4) Une prise de
conscience aigüe que le temps suspend plus vraiment son vol, qu’il a plutôt tendance à me glisser de plus en plus entre les doigts, sentiment qui s’aiguise anormalement au fil des ans (la
trentaine, dans 2 semaines, doit y être pour quelque chose, à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose… ?)
Xav en plein effort au winch
DANS L'AVIATION, à partir d'un certain nombre d'heures de vol, on arrête de se demander combien de temps le coucou va pouvoir continuer à voler : on le remplace. Par
prudence.
Partant de ce principe plein de sagesse (et vu qu’il est plus agréable de démâter avec une grue, au port, que par une méchante rafale au milieu de l’Atlantique), j’ai donc pris la coûteuse
décision… de remplacer mon gréement courant et dormant. Et cela, malgré l’aspect impeccable des haubans et ridoirs, âgés de 14 ans. Démâtage, donc.
Sage précaution. Dès son premier coup d’œil aiguisé, le verdict de mon vieux gréeur est sans
appel : si je veux pas finir avec un tube de 13m en alu quelque part dans le coin de la gueule, il me faut remplacer toutes les terminaisons « coudés » de mes haubans par un mode
de fixation linéaire moins sujet à la rupture. Pour achever de me convaincre, il exhibe sa collection de fixation cassées… Ca va, ça va !
Mon but est clair : transformer Pandorak en
bouteille thermos (sans la poignée).
Pourquoi? Pour dire adieu aux seaux en hiver
(condensation), et pour pas rôtir en été.
Mon choix : le mastic PU (à mon sens, la
seule vraie alternative aux ponts thermiques est une isolation projetée-collée, une “double peau” qui ne laisse pas un millimètre de métal nu, et non pas des plaques de polystyrènes coincées par
compression et laissant les lisses nues.
Ma méthode : la « tarte à la crême façon Pandorak © »
Le sourire du mec qui sait pas (encore) ce qui l'attend...
Tous les matins, à 8h15 précise, j’enfourche donc mon vélo, cap sur le Nieuwe Meer. Ellen file à gauche, vers le boulot, je bifurque à droite en direction du port. Ce matin, alors que j’écrase les pédales, planifiant le programme des travaux de la journée, une pensée fugace me traverse. Je réalise que depuis 12 ans, au prix d’un entretien minimaliste, ma fidèle monture m’a fait voyager sans broncher. Son cadre, que j’avais embaumé d’une tresse à guidon autant pour l’enlaidir volontairement que pour le protéger, continue encore aujourd’hui à remplir son rôle : il n’a pas figuré au palmarès des vélos de l’immeuble récemment volés, alors que ses deux pauvres roulements coniques étanches coûtent déjà plus cher que les VTT flambants neufs disparus.
Le message de mon vélo est clair : simplicité (il n’a ni freins à disques, ni transmission poignées, ni fourche oléopneumatique irréparable, ni cadre alu impossible à ressouder en Chine…) +
sobriété (aspect moche) = tranquillité.
Pourquoi un bateau ne pourrait-il procurer la même liberté qu’une bicyclette ? Car il s’agit bien de
cela. Malgré les joies que m’ont offertes Pandora et Unimak, j’ai du mal à parler de Liberté. Voyage, découverte, oui. Liberté, non. La seule à laquelle j’ai gouté pendant un an fut de boucler
tous les matins 4 sacoches et de glisser mes pieds dans des cale-pieds.
Pourquoi tout est plus compliqué en voilier ? Certains répondront qu’avec un tube d’aluminium de 13m tenu en équilibre sur une surface instable, un moteur inboard de 150 kg, une quille
rétractable, un enrouleur, un guindeau et autres « appendices » sources de pannes potentielles, la « technicité » d’un voilier est plus grande que celle d’un vélo. Sans doute.
Sauf que les voiliers existent depuis bien plus longtemps que les vélos. Et donc que leurs problèmes techniques ont forcément eu le temps d’être résolus (la technologie d’un winch est bien plus
fiable qu’un dérailleur) Alors comment expliquer qu’il ne se passe pas une journée de la vie d’un propriétaire de bateau sans que sa main n’aille fouiner du côté de la caisse à
outils ?
Parce que, les techniques évoluant, les besoins évoluent aussi. Et que ces nouveaux besoins créent les nouvelles pannes. Les nouvelles frustrations. Les nouvelles prises de tête.
L’erreur qui fut la mienne pendant des années, et qui reste la plus répandue chez les globe-flotteurs, fut de
vouloir transformer un moyen de transport en maison. De chercher à retrouver à bord ce qu’on a laissé dans son habitation terrestre. De sacrifier la simplicité, unique source de liberté psychique
et financière, sur l’autel du confort. Et de transformer un outil de propulsion fondamentalement simple (un voilier) en usine à gaz (un « voilier de voyage »). Cette démarche vicieuse
commence par le fameux « mètre de trop » et finit par l’installation d’un groupe électrogène pour faire marcher le congélateur.
Evidemment, il est toujours possible de caser une douche, un four, un congélo ou une machine à laver dans un bateau. Passons même sur les problèmes énergétiques que cela pose (« machine à
laver » impose « eau » qui impose « déssalinisateur » qui impose « groupe électrogène + gros parc batteries » tout cela entrainant pollution, argent,
maintenance technique… pour gagner quoi ? S’épargner le contact d’un slip sale avec un cube de savon…
Mais plus que des problèmes matériels crées par ces besoins hérités des exigences terrestres (après tout, on serait tenté de croire que tout ne revient finalement qu’à une simple question d’argent) c’est d’une conséquence plus perfide dont je veux parler. Ce bateau idéal, suréquipé, fantasme de tous les voileux, (pour moi ce fut Unimak) par la valeur intrinsèque et la technicité qu’il représente, devient plus qu’un simple outil pour découvrir le monde. Il devient un bien. Un bien de valeur. La tente s’est transformée en maison. Flottante, certes. Mais maison qu’il devient alors difficile de quitter. Maison dévoreuse de temps en entretien. Et l’aventure dans tout ça, le voyage ? Il attendra. « On va pas là, y a pas de port, pas d’infos, c’est trop dangereux, l’assurance ne couvre pas. »
Voilà ce dont je ne veux plus. Etre à la barre… d’une maison.
Une fois ces beaux principes énoncés, le plus dur reste à faire. Le vrai combat personnel. L’enjeu bouddhique : le détachement vis-à-vis d’un objet que l’on vénère. D’un objet qui nous ouvre tous les horizons et dans lequel on a engouffré toutes ses économies et ses espérances. Un objet qui nous réveille la nuit.
Car quoi, ce pont dégueu qu’il serait « tellement simple » de laver, poncer, enduire et recouvrir de
2 belles couches de laque polyuréthane blanche bi-composante, devrait donc rester tel qu’il est, à savoir moche, sous prétexte de Liberté ?
C’est le moment de respirer un grand coup et de se répéter 3 fois par jour l’axiome de la méthode Coué du sage des mers « LE MIEUX EST L’ENNEMI DU BIEN ». Car oui, petit disciple (c’est toujours mon vélo qui parle), un pont fraichement repeint pose un problème de taille : le souci de devoir le maintenir dans cet état de blancheur immaculée. Interdiction de faire tomber une manivelle de winch sur le pont. Bonjour l’ambiance à bord…
En un mot, Pandorak n’aura pas :
-un dessalinisateur (trop technique)
-un groupe électrogène (pollution)
-un enrouleur de GV (technique, poids dans les hauts)
-une douche (douchette pont suffit)
-une éolienne (nécessite mâtereau)
-une barre hydraulique (irréparable, dangereux si problème)
-un alternateur d’arbre (renoncer au frigo en traversée = pas besoin d’électricité)
-un portique (poids dans les hauts)
-un moteur HB pour l’annexe (vol, entretien)
-une centrale (trop cher)
-congélo/four/machine à laver/micro-onde (inutile)
-un guindeau électrique (manuel suffit)
-un lazy bag (housse suffit)
-régulateur d’allure (trop cher)
Mais il aura :
-2 pilotes
-un radar AIS
-un guindeau manuel
-une balise de détresse
-une pompe manuelle à eau de mer
-un sonar
-un GPS traceur de cartes
-un chargeur d’alternateur à batteries
A moi, donc, d’ouvrir les yeux. De peser le pour et le contre de chaque objet, de chaque instrument qui rentrera à bord. L’utilité fondamentale de tout appareil sera minutieusement pesée, ainsi que sa simplicité de réparation, en gardant toujours à l’esprit que la facture finale se doit de rester la plus basse possible. Histoire, aussi, de prouver que tout candidat au grand voyage est toujours libre d’échanger sa voiture pour un voilier... s’il le veut vraiment.
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